‹ Mœurs et portraits du tempsChapitre 42 sur 111 · UN EXAMEN DE CONSCIENCE · texte numérisé non relu

UN EXAMEN DE CONSCIENCE

années qui viennent de s*éconler, il y en a eu trois de ce genre, et le souveiir m'en est resté en traits qui ne s'effaceront pas. Que vît-on alors? et il n'est point inutile de le rappeler. Oh vit ces valeurs, naguère si courues , essuyer une dépréciation rapide, passer de inain en main en s'amoindrissant, et res1;er bientôt à l'état de titre inerte et délaissé. Que de ruines s'ensuivirent I Que de sacrifices I Que d'onéreuses liquidations ! Tout cela est d'hier et on semble l'avoir oublié ; c'est ainsi que les Siciliens dansent sur les laves à peine refroidies qui viennent d'engloutir leurs moissons.

fusse -je seul à m'élever contre cette imprévoyance, seul à dire que les gens d'afiaires ont déjà perdu un gouvernement, que je ne faillirais pas à ce devoir. Il se peut qu'en tenant ce langage j'attire sur moi quelques haines et brise quelques amitiés ; il se peut que mon cri dalarme soit perdu au milieu des fanfares de la spéculation ; n'importe ; une voix du moins aura protesté contre les entraînements du jeu et une complicité à peu près universelle; elle aura dénoncé aux hommes de sang-froid

ces gens ivres des faveurs du sort ; die aura fait

16a UN EXÀHBN IXE CONSCIENCE.

remonter plus haut cet humble avis que toute la France n*est pas dans P|iris , ni tout Paris dans la Bourse. C'est là un titre modeste ; il me suffit.

Parmi les originaux qu*a produits l'Angleterre, et elle en a beaucoup produit, se trouve un certain Toland qui vécut sous les derniers Stuarts. Esprit bizarre, il voulut finir par une dernière bizarrerie et se composa une épitaphe où aucune de ses perfections n'était oubliée. Rien de plus curieux que cette énumération. Il savait dix langues, connaissait toutes les littératures de l'univers, se proclamait l'ami de la vérité, le défenseur de la liberté, le sage par excellence, la pureté., la vertu, Thonnéteté même. Telle est Fépitaphe de Toland, corn-posée par lui et sortie de ses mains. A coup sûr, l'exemple n'est point à imiter, quoique le siècle incline aux apothéoses. Mais , en réduisant le ton, il est permis de se servir du genre. J'ai donc rêvé , comme le gentilhomme anglais, mon inscription de fantaisie et l'ai fixée en style lapidaire afin d'en ndeux faire ressortir les beautés ; la voici :

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