DANS
LES GOMPAGNIE& INDUSTRIELLES
OU FITÎANCIÈRES.
PRIEZ POUR SES HÉRITIERS ! ! l ! ! ! !
C'est là une épitaphe d'un tour peu ambitieux ; elle se prévaut surtout de cette sagesse qui consiste à s'abstenir : eh bien 1 si modeste qu'elle soit,
lOBiV^ — *^v
16i UN EXAMEN DE CONSCIENCE.
elle est déjà interdite à beaucoup de gens , et le sera à un bien plus grand nombre encore, pour peu que les vertiges de la spéculation se prolongent.
L'BITTBOUSIASBIB DES AGTIOWirAIRBS
Je n'en ai pas fini avec les gens d'affaires; Ils sont nos souverains , ils tiennent le haut du pavé : comment ne pas compter avec eux ? En vàîn s'appliquerait-on à les éviter ; ils envahissent Tespace, remplissent Tair de leurs appels bruyants , tiennent la foule en haleine et, quaiid un exercice est usé, passent sur-le-champ à un exercice nouveau. Parlons-en donc encore une fois.
Nous avons fait bien des ruines depuis soixante ans : au profit de qui^ Dieu le sait. Cest une nation terrible que la nôtre ; elle ne supporte rien de ce qui dépasse le niveau commun ; toutes les supériorités lui pèsent. Nous avions une noblesse ,
t«iB«te^.dMMriÉm«M«*MM
166 L*ÏNTH0US1ÀSM£ %
déchue il est vrai et infidèle à ses devoirs ; mais élégante encore, raffinée, spirituelle, faisant bonne figure à la guerre comme dans les boudoirs , nullement gênante, nullement oppressive, fastueuse avec art , prodigue avec goût , accessible , humaine, et si peu entichée de ses privilèges qu^elle en a de ses mains précipité la destruction. Cette noblesse a disparu. Après celle-là en est venue une autre , créée sur le champ de bataille et sacrée par le feu de Fennemi ; son prestige n*a pas été long. Enfin aux droits de la naissance et aux droits de l'épée ont succédé les droits de l'intelligence $ c'était la derrière noblesse possible , la seiile compatible avec les mœurs nouvelles; on en a fait tout ausçi bon marché.
Que reste-t-il aujourd'hui après taiit d'exécutions? Hélas ! si ce n'est le vide » quelque chose de pire encore. Sur les débris de ces trois noblesse^ absorbées ou éteintes , on dirait qu'il s'en élève une qui n'aura pour elle ni le sang , ni les services^ ni la capacité , dans la légitime acception du mot. Le destin se venge ; nous n'avons pas voulu des maîtres qu'il nous envoyait^ il nous en envoie
Dj^S ACTIONNAIRES. 167
d*fi))tre9fc Les premiers y apportaient une certaine grandeur, le sentiment d'une responsabilité, le respect de soi , des qualités de race oi; de position ; désormais pins rien de pareil. L^aristocratie des gens d'affaires n'a ni traditions qui l'engagent , ni devoirs qui la contiennent ; elle né relève que (j^ SQp intérêt, et quand il s'agira de le servir, elle ^i9sera tout saq9 pitié. Pourquoi s'en géneraitelle 1 N'est-ce pas là son rôle , ne sont-ce pas ses instincts 9
En vain niei?ait-on Tavénement de cette puissance nouvelle; les faits parlent trop haut. Elle eplace peu à peu le territoire et y prend de redou^ tables positions : les hauts barons étaient moins forts derrière lem*s créneaux. Voyez ces grandes compagnies s'étendant sur te pays comme autant de.polypes, confondant leurs forces afin d'aecrottre leur ascendant, s'emparant des chemins de fer, des industries, des mines, de la navigation fluviale, des transports maritimes , .des principaux éléments de richesse et d'activité. N'est-ce pas là une puissance à laquelle nous aurons tous, petits ou grapds, à payer tribut et qui, née à peine , ^en est
108 ' r£r«TH0U3USM£
déjà aux ivresses et aux abus de la domination? Et encore faut-it y voir ]a fleur des nouveaux maîtres que le destin nous a donnés. Mais âudessous quel mélange 1 quelle galerie ! Tout s'enpiç ici4)as ; les anciens gentilshommes sont bien vengés!
Pourtant c*est dans cette classe qu'il nous faut désormais choisir nos héros de légende, les hommes destinés à se survivre et à être campés sur des piédestaux. Eh bien! on s'y fait : les idoles sont à peine dégrossies que déjà le culte commence. L'imagination populaire, avide de merveilleux, leur attribue des proportions surnaturelles; ceux qui les approchent les envisagent à travers les bénéfices de rintimité« Vus ainsi, ils gagnent beaucoup; cette 4)ei*spective corrige les disgrâces de la nature ; ils ont de la dignité , de la majesté ; ils paraissent beaux. Aussi Tenthousiasme va-t-il croissant, et de toute part les manifestations éclatent. On les comble aujourd'hui d'offrandes votives et de banquets; plus tard on leur élèvera des autels; les demi-dieux n'ont pas commencé autrement.
L'heure est donc bonne pour saisir cette mytho-
iogie au berceau et dans ses premiers langes. Tout y est encore rude et naïf, de premier jet et sans raffinement : c'est un poème de chevalerie et quelle chevalerie I En voici quelques chants :