‹ Mœurs et portraits du tempsChapitre 52 sur 111 · IM L*ENTH0V8IA9ME · texte numérisé non relu

IM L*ENTH0V8IA9ME

et remarquer i^ agitation de la portière; il en tressaille et rougit d*étre surpris danÈ te travail délicat auquel il se livre; son émotion ne se calme que lorsqu'il a reconnu son Directeur. )

LE MEMBRE DU CONSEIL

Ahl c'est vous.

LE DIRECTEUR

Oui , c*est moi ; il était temps de s'en aviser ; il y a dix minâtes que je multiplie les manifestations.

LE MEMBRE DU CONSEIL

Qui se fût attendu à vous voir ici? Je tremble qu'on ne vous y surprenne. Quel fâcheux ettet cela ferait ! la campagne serait manquée.

LE DIRECTEUR, s'effaçant de plus en plus derrière la portière.

Aussi vous voyez que j'ai pris mes précautions ; il entrerait du monde qu'on ne m'apercevrait pas. Écoutez , je n'ai qu'un mot à vous dire..

LE MEMBRE DU coinsuiL^ regardant à SU montrc.

Faites, mais hâtez -vous; Toiei l'heure de la réunion. Et surtout partez à temps.

LE DIRECTEUR

Je ne pars pas; je reste, LE MEMBRE DU côiNfSEiL, Spouvanté à Cette idée.

Vous rester I Impossible ! mon discomrs n'est pas arrangé potir ça.

LE DIRECTEUR

Je reste ici, caché; je n'y suis pour personne, et pourtant je tiens à y être. On ne sait pas ce qui peut arriver.

LE MEMBRE DU CONSEIL, d*un ton superbe.

Bah ! avec mon discours !

LE DIRECTEUR, en hoMme habitué au comman*

dément.

Abrégeons I Je serai là, invisible au reste de rassemblée, visible de vous seul qui la jirésiderez. (H Joint (a démonsirûtion aux paroles,) De ce coin, j'écouterai les débats, et si je vois que raffàire se gâte, je ferai ce geste (// porte Vindex sur sa hou^ che.), et à l'instant même vous retirerez la motion. Point de pas de clerc, vous m'entendez.

LE mIembre du conseil.

Parfaitement: seulement c'est la précaution inutile, je SUIS sûr de hi6n dlscotirs.

t88 L'ENTHOUSUSMË

LB DIRECTEUR

. Sûr ou non , j'aime mieux tout prévoir. Mais il me semble que j'entends du bruit.

LE KSKBRB DU CONSEIL

Ce sont nos gens qui arrivent ; cachez-vous avec soin.

( La portière retombe et rien n*en troubk désormais rimmobilité. Les actionnaires entrent dans la salle ci y forment des groupes avant Vouverture de la séance. On s*y entretient de t objet de la convocation. Quelques personnes^ chargées d'y préparer les esprits y vont d^un groupe à l'autre^ et se livrent à des ^forts d^éloquence généralement heureux. Ça et là ^ on remarque encore des récalcitrants; mais, chapitrés avec adresse^ ils se rendent. Ce travail pré* liminaire se prolonge pendant un^art d'heure au moins : lorsqu'il est terminé^ et que l'assemblée parait être au complet ^ le membre du conseil monte au fauteuil et agite sa sonnette. A ce signai les groupes se dispersent^ chaque actionnaire prend un siège j et s%rrangele plus commodément qu'il peut pour entendre les commu'

nicatians annoncées. Après quelques fninutes de confusion et de bruit, P ordre et le silence s'établissent. )

LB H1UIBRE DU CONSEIL , aU faUtéuH.

{Il jette un dernier coup d^ œil surja tapisserie et rencontre le regard du directeur.) (A part.) Bète d*idée qu'il a eue là; j'en perds la moitié de mes moyens ; pourvu que je n'aille pas patauger. (// se lève, s^affermit sur ses jambes ^ soigne sa pose et eommence.) Messieurs, l'objet dont j'ai à vous entretenir sort de la nature ordinaire des opérations du chemin Petit-Latéral. S'il ne s'agissait que des intérêts de l'entreprise, de la direction à lui imprimer, des bénéfices à répartir, ce n'est pas moi qui occuperais ce fauteuil, ce serait un homme dont le nom est sur vos lèvres comme lé souvenir dans vos cœurs, et qui en est infiniment plus digne.

tlN ACTIONNAIRE férOCC.

AU fait !

LE MEMBRE DU CONSEIL, sans sc déconcertcr.

J'y arrive , Monsieur. Il n'est donc pas question de la situation matérielle de la Compagnie, vous la

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connaisseï saffifiammeot, mate d'an objet qui se rattache à des considérations bien plus élevées. Souffrez que je m'y arrête un moment. (Se tournant vers l'interrupteur.) Et vous , Monsieur, ayez de l'indulgence.

l'actionnaire féroce.

Allez!

LE ME^MBRS DU GONSEIX.

Messi:ettrs , de tous les sentiments que Dieu a gravés dans le cœur de l'homme, il n'en est aucun de plus saint» déplus doux, de meilleur que la reconnaissance. Non-seùlement c'est une vertu à Fusage des iàdividus, c'en est une encore i Fttsage des peuples , c'en est une aussi à l'usage des Com* pagnies. Elle s'étend à tous les bienfaits et embrasse tous les bienfaiteurs. L'antiquité l'avait compris ainsi , et vous savez avec quel soin elle consacra la mémoire de ses grands hommes. Elle y employa le marbre et l'airain , les temples et les annales, des monuments de Tart, témoin lé Panthéon ; les monuments dé la pensée , témwn PIuttt^que.

DSg ACTIONNAIRES. (9|

UN j^çTiowiLi^E enthousiastf.

Bravo !

{Ce mouvement ne semble pas partagé; il reste à Pétat éP encouragement solitaire. D'un autre côté, la tapisserie , jusque là immobile^ semble agitée d'un léger frémissement qui n'échappe pas à l'orateur. Cet ensemble de circonstances ébranle un peu son aplomb y irré^ prochable jusque là.)

LE MEMBRE DU CONSEIL, à part.

Décidément il me trouble ; j'aurais mieux aimé le sentir loin. [Reprenant,) Je dis Plutarque , Messieurs, et je regretté Aq n'avoir pas le talent de ce peintre des hommes illustres. Je FempToierais ce talent à esquisser à grands traits une figure qui vous est chère 9 à raison des dividendes qui s*y attachent et des bénéfices que vous en avez tirés. C'^t celle de notre directeur, je vais droit au but. Vous connaissez son flme et sa manière d^administrer, la grandeur de ses répartitions et de ses scn^ timents ; rien ne vous est caché de cette noble vie , si féconde en bonnes actions, entre autres œlles du ehemin Petit-Latéral, qui vous touchent de si près.

Idt L'ENTHOUSIASME

l'actionnaire enthousiaste.

Bravo !

(Celte fois un mouvement prononcé d'adhésion se manifeste dans l'assemblée. Vorateur a évi^ demment rencontré la corde sensible.^ Il a parlé d^ actions y de répartitions ^ de dividendes; les oreilles se sont ouvertes^ les cceurs épanouis.

Vn murmure flatteur circule de rang en rang , et un geste d^approbation s'échappe des profondeurs de la tapisserie).

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