‹ Mœurs et portraits du tempsChapitre 53 sur 111 · I.B HSHBRE DU CONSEIL · texte numérisé non relu

I.B HSHBRE DU CONSEIL

Donc, Mossieurs, nous sonouônes d*accord sur ce point, et si la reconnaissance était bannie de la terre, elle se retrouverait dans le cœur des actionnaires du chemin Petit*Latéral. Maintenant allons plus loin ; cette reconnaissance sera-t-^le stérile ? Certes, dans un cas pareil, rantrquité n^eût épargné ni les pompes, ni les ovations. S'il s*était rencontré, aux âges héroïques, un horhtne qui répandit l'or à poignées autour de lui, donnât aux choses quatre fois leur valeur et les multipliât en y touchant, les populations ejussént crié au miracle et à l'instant

même on lui eût élevé des temples où Tencens eût ftimé en son honneur. Je ne yous demande ni temples, ni encens : c'était bon pour des temps d*idolâtrie ; d'ailleurs vous ne me les accorderiez pas. Les manifestations ont aujourd'hui des proportions plus modestes, et il convient de s'y conformer. Mais ce que je vous demande expressément, c'est un témoignage, quel qu'il soit , en faveur de notre directeur, de cet homme <iui à porté si haut le che-

minPetiirLatéral, lui a fait une si belle position dans l'estime des contemporains, et en tirera évidemment la quintessence. N'est-ce pas là un acte de souveraine justice? Que vous en semble, Messieurs?

l'actionnairb enthousiaste.

Bravo !

l'actionnaire intraitable.

Que proposez-vous ?

LE MEMBRE DU CONSEIL

On me dit : que proposez-vous? J'aimerais mieux que la préposition vint de rassemblée elle-même. Cependant; puisqu'on m'y invite, je ne reculerai

pas. (^aui et wpû aphmb.) Je pi^f^ose ane épéo d'honiieur.

ACTIONNAIRES, ^ t^gafihni Qv^ 99iii>riise* UDe épée 4'bQnqQur !

;.'act ION N AIRE intraitable, ^vee desrinêjéus* Une épée d'honneap I

i.*ACTiONN4iii|| pitkwiiaste^ J'en prapose deux.

.. ( Un tressaillement vigoureua^ est imprimé è Ai portière en tapisserie ; on y sent f influence de là colère et du dépit.).

LE HEMBEE pu coNsstL , regardcmt à^ ce eité

et ^ part.

Va ton train , je renorporterai malgré toi, jf^ai retrouvé tous mes moyens. [Bout.) ObI;» Messieurs, une épée d'honneur.

L'AGTioNNAifiE intraitable»

Pour un chemin ?

LE MEMBRE BU CONSEIL^ avec Calme»

Comme vous dites ; pour un ehemîn. Vous préféreriez put-étre une co^ronpe, une maille, une tabatière , et que sais-je? J'aime n^îeux une ^pée. {Avec diçnilé,}M permQttejK-nioi de ju^tiQ^r

DES ACTIONNAIEES. I»ft

mon goût. Qu'estrce qa*uti chemio de (evt Une conquête accomplie sur la nature. Or qui dit Conquête dit épéç; c'est Tépée qui conquiert. Puis^ que se propose-t-^on dans un chemin de fer? De lutter coott*e l'étranger et de le yaincre. Eh bien I pour la lutte et pour la victoire, que fout -il? L'épéot toujours lépée. D'ailleurs , que portent nos ingénieurs? L'épée. Vous voyez que nous n'en sortons pas et que c'est toqours là qu'il en faut revenir.

AGTioMNAiRBs, ramenés.

C'est, ma foi, juste ; les ingénieurs portent Tépée. Va pour répée.

l'actionnaire iniraitabk.

Pourquoi pas le sabre ?

l'actionnaire enthousiaste.

A Tordre 1

(La portière en tapisserie est beaucoup ptus calme; on dirait quHi s'èehanfft un sourire entre elle et k fauteuil.)

LE UEKlftEB DO CONSEIL.

J'insiste donc sur Tépée. Si elle est adoptée, j'aurai encore une proposition à faire à 4a réunion \

c'est aa sujet de remblème et de la devise. Il convient que Tanne d'honneur ait ces deux ornements. Où les prendre? Â quel blason recourir? Je voudrais viser très-haut, Messieurs ; j'irais jusqu'au blason royal. L'industrie est reine. Ne le pensez* vous- pas comme moi?

ACTIONNAIRES y ^a^/^« du rapprochement.

Oui , oui! l

l'actionnaire enthominste* Vive l'industrie !

l'actionnaire intraitable.

Et ses chevaliers d'honneur!

LE MEMBRE I>^U CONSEIL

Dans ce cas, nous pourrions adopter la salamandre avec la célèbre devise : N'utrisco et extinguo a je nourris et je détruis. x> Comprenez*vous l'allusion ? Il s'agit évidemment de la locomotive qui nourrit la vapeur et détruit le charbon. Ces mots feront bien sur l'épée d'honneur. Ce sont les armes de François l^, et elles ne sauraient être mieux accommodées au goût moderne. ( Agitant sa sonnette pour réveiller V attention de C assemblée.) Y a-t-il opposition ?

•r^'»^"^if""'~""^»iir'^**""""*^^w"w^»^r^i^^B^B»'^"""n»»iw^Mr7^»»"^^'i^»—"^^»«wi

DES ACTIONNAIRES. t9I

l'actionnaire iniraUabie»^ ^ Je refuse.

l'actionnaire enthousiaste.

A bas la cabale !

LE HEHBR^ DU CONSEIL

Alors je mets aux voix.

l'actionnaire enthousiaste.

Que mettez-vous aux voix , monsieur te président?

le membre du conseil.

L'épée d'honneur I

l'actionnaire enthousiaste.

J*en ai demandé deux ; ma proposition étant la plus large doit avoir la priorité.

LE MEM-BRE DU CONSEIL

Deux épées d'honneur 1 A quoi bon ?

l'actionnaire enthousiaste.

Pour faire grandement les choses. J*en proposerais quatre si je Tosais.

l'actionnaire intraitable.

De quoi armer un régiment I (Cet excès de zèle est mat accueilli; des murmures s'élèvent; la tapisserie s'agile ; le prési-

dent coupe eoUri à Vineident. Vépée d'honnenr est vttée; les devises et emblèmes lé sont également. Une commission est nommée pour les détails de l'exécution; il est convenu que Von y procédera avec maynijleence^ on ira aux bons faiseurs. Des entretiens particultets 5*engagent làrdessus et chacun donne son avis. Le président ramène Vordre par un violerai coup de sonnette; il vient de jeter un dernier coup d'œil vers là portière en tapisserie. Silence général.)

LE MEMBRE DÛ CONSEIL, SOlcnncl.

Avant de nous séparer, Messieurs, j*ài tine dernière proposition à vous faire. Je suis assuré que vos âmes y répondront. II serait fâcheux qu'une manifestation sf honorable i^our eeiix dont elle émane et pour celui qui en est Tobjet, arrivât, d'une manière indirecte , aux oreiHes du prificipal intéressé. C*est de vous seuls qu'il doit l'apprendre ou de vos délégués officiels. Oit vient de me dire que notre directeur est chez lui , dans son cabinet, où 14 s'occupe, comme toujours , des moyens de faire prospérer vos titres. Je propose qu« la eom-

DES AGT1DNNAIE£S. iM

mission exéeutif e sy rende poiuc lui donner les dé* taîlsde cette séance et loi annpncerTinsigne hon^ neur que vous venez de lui tonférer. Quelle surprise pour son cœur!

{La proposiHon est votée d'enthousiasme; à t instant la commission executive se met en marche y et cinq minutes après elle ramène le directeur en proie à toutes les apparences de rémotion. Il semble ne céder qu*à la violence et reçoit dans une attitude modeste les applaudissements de rassemblée; à la seconde salve j il porte la main sur sa poitrine et s*incline comme un artiste rappelé après son grand air. Les applaudissements redoublent; il essaie de parler j les sentiments dont il est assailli ne lui permettent de le faire qu*à l'aide de mois entrecoupés,)

^ LE DIRECTEUR

Messieurs; j^étais loin de m' attendre... ohl non , je ne m'attendais pas au témoignage d'estime que vous m'accordez... Comment aurais-je pu le prévoir?... (Tétait à mille lieues de ma pensée... J'ai

rempli le devoir que m'imposait votre confiance...

SOO L'ENTHOUSIASME DES AGTIONNAIKES.

voilà tout... Rien n*aarait pâme foire soupçonner

la faveur dont je suis Tobjetw. J'en suis surpris,

confondu , émerveillé, ravi...

(Véloquence du triomphateur ne peut pas aller

au delà de ces phrases; il y supplée en prodir-

guant à la ronde les poignées de main. La

séance est levée sur ces démonstrations,)

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