‹ Mœurs pittoresques des insectesChapitre 3 sur 26 · LA TRIBU DES CHASSEURS · texte numérisé non relu

LA TRIBU DES CHASSEURS

sait alors la bombance qu'elle y fait ? Comme les morceaux ne sont pas comptés dans ces nombreuses familles de processionnaires, tous les convives y vont bellement, chacun s'en donne à cœur joie, immolant plusieurs chenilles à son vaste appétit; quand il n'y a plus de chenilles, ils se jettent sur les chrysalides. La gloutonnerie des larves du calosome est si grande, que lorsqu'elles sont repues, leur ventre, tendu à outrance, parait sur le point d'éclater; elles tombent alors dans une véritable torpeur dont elles ne sortent qu'après un certain laps de temps; la digestion achevée, elles reprennent leur agilité ordinaire, mais sans plus de modération dans leur manière de vivre ; ce sont nouveaux galas et nouvelles orgies aux dépens des processionnaires : après tout, -elles débarrassent les forêts de ces mangeuses de feuilles ; nous serions injustes de nous en plaindre.

Les Gicindèles, dans Ja plénitude de leur développement, ont toutes les allures de l'insecte guerrier. Yeux perçants et proéminents, mâchoires puissantes, armées dejdents et de crochets, corps revêtu •d'une cuirasse à toute épreuve, pattes longues, taillées pour la course, ardeur et agilité extrêmes, appétit constant : qui ne serait tenté de pirater avec de tels avantages? Dès l'apparition du printemps, la plus grosse espèce que nous ayons en France, la cicindèle champêtre, entre en campagne- Forte d'audace et de tempérament, elle dédaigne la ruse -et attaque de front tout ce qui passe à sa portée, le poursuit sans relâche, et quoique son vol de courte haleine l'oblige à prendre terre fréquemment, elle oi'en attrape pas moins sa proie. Plus il fait chaud, ,plus elle chasse avec énergie ; plus aussi èlle nous

délivre d'une foule d'insectes nuisibles : son instinct belliqueux tourne donc encore à notre avantage.

La larve, chasseresse comme sa mère, mais sans carapace solide qui protège son corps, incapable de se déplacer avec ses pattes faibles et courtes, et condamnée à passer la première partie de sa vie dans un trou, ne saurait entreprendre une guerre ouverte contre des insectes plus agiles et plus favorisés qu'elle; en attendant mieux, elle a recours à la ruse. Elle fait si bien de ses pattes et de ses mandibules, qu'elle parvient à se creuser enterre une galerie cylindrique de près de 50 centimètres de profondeur. Pour la déblayer, elle charge sa tête de molécules terreuses qu'elle a détachées, se retourne, grimpe peu à peu dans son tube, pliée en z et cramponnée aux parois intérieures, à l'aide de deux mamelons dont son dos est pourvu ; une fois parvenue à l'entrée du trou, une secousse la débarrasse de son fardeau. Son appartement est maintenant préparé; mais ce n'est pas tout que de se loger, il faut vivre, et comment? puisque la larve est emprisonnée, et qu'elle n'a pas de mère qui lui apporte ses provisions. Soyez sans inquiétude, elle ne mourra pas de faim. Elle se met en embuscade. La voyez-vous immobile, à l'entrée de son trou qu'elle a hermétiquement fermé, au niveau du sol, par la plaque cornée dont sa tête et le premier anneau de son corps sont défendus ? Un insecte vient-il à passer sur ce pont mobile ? notre larve incline brusquement sa tête par un mouvement de bascule, le pont cède, et l'imprudent promeneur est précipité au fond du trou : on devine ce qu'il y devient, la pâture de la cicindèle affamée. Ce

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