‹ Mœurs pittoresques des insectesChapitre 6 sur 26 · LE LAMPYRE — LES DRILLES · texte numérisé non relu

LE LAMPYRE — LES DRILLES

anneaux, là où la membrane tégumentaire est très-mince : il les allume et les éteint à volonté.

L'incandescence des lampyres a pour origine une sécrétion particulière, d'un aspect granuleux , 'logée dans de petites cellules. Quand on plonge cette sécrétion dans l'oxygène, elle dégage une lumière assez forte pour permettre de lire dans un livre ; Panimal peut en être privé , sans cesser pour cela de vivre, mais il n'est plus lumineux. La propriété phosphorescente dont il jouit est indépendante de son état de vie, elle est inhérente à l'organe même qui la possède. Sépare- t-on le ventre du reste du corps, la partie abdominale passe subitement d'une vive lumière à une obscurité totale et recommence ensuite à luire ; mais, pour cela, il faut que le tronçon garde une certaine souplesse ; la phosphorescence est suspendue dans un corps desséché ; elle reprend dans l'eau avec le ramollissement de l'organe, mais sa durée est très-limitée.

Quand on immerge un ver luisant dans l'eau tiède, il répand une vive lumière; dans l'eau froide, il ne jette aucune lueur; dans l'eau chaude, l'éclat reparait peu à peu : pour faire jaillir un faisceau de lumière dans le milieu ordinaire où vit l'insecte, il suffit d'exciter fortement ses contractions musculaires; lorsqu'on le renverse sur le dos, il fait des efforts continuels pour se retourner, et luit alors presque sans interruption.

Dans le midi de la France, en Provence et en Corse, l'espèce connue sous le nom de Luciole donne un curieux spectacle au mois de mai. A cette époque de mariage général dans la nature, bosquets, buissons et taillis sont en plein feu d'artifice,

des fusées volantes jaillissent de toutes parts. Des myriades d'étincelles montent, descendent, plongent dans l'obscurité, rebondissent tout à coup - plus vives et [plus lumineuses , disparaissent de nouveau, pour se montrer encore, croisant leurs feux en tous sens, et décrivant mille et mille paraboles fantastiques. L'œil ébloui , fasciné, a peine à suivre leurs hiéroglyphes. On serait tenté de croire à une hallucination, si, dans cette valse flamboyante, acteurs et actrices ne venaient se heurter étourdiraent contre le visage du spectateur, et lui donner la clé de cette fête improvisée : ces petits flambeaux vivants ne sont autres que les lucioles célébrant leur joyeux hyménée. Les ébats de notre ver luisant parisien, le Lampyre noctiluque, sont plus modestes. Les femelles, privées d'ailes, ne peuvent aller au-devant de leurs maris, tous bien équipés pour voler; elles leurs donnent rendez-vous en promenant leurs feux verdàtres dans l'herbe. Paisibles sont leurs mœurs comme douce est leur lumière ; elles ne se nourrissent que de substances végétales.

Il n'en est pas de môme des larves. Carnassières féroces, elles poursuivent les menus insectes, et s'attaquent de préférence aux colimaçons. Pénétrer dans leurs coquilles malgré la mucosité dont ils s'enveloppent, les hacher et les dévorer, sont, pour elles, passe-temps journaliers; elles se débarrassent de l'écume mousseuse de leur proie en faisant jouer les brosses dont leur partie postérieure est garnie. Leur métamorphose en nymphe ne s'accomplit pas selon la formule ordinaire; la peau ne se fend pas au-dessus de la tête, mais bien sur les côtés;

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