LIVRE VI. — LES SPECTACLES
nyras et Myrrha^ pantomime jouée la veille de l'assassinat de Caligula, elc.^. Ces sujets et d'autres pareils, représentés sur toutes les scènes , pendant toute la durée de l'empire, principalement par des pantomimes, étaient ceux qui partout charmaient le plus les spectateurs^.
Comme les livrets du texte des pantomimes étaient faits d'après des tragédies, ou du moins dans le goût de celles-ci, on y observait probablement aussi la règle de Funité de lieu, de sorte qu'il n'y avait pas de changement de coulisses ; du moins n'en est-il pas fait mention plus que du reste de l'appareil scénique, probablement très-simple, comme dans la tragédie. Le chœur, outre qu'il formait l'accompagnement des textes de ballets, chantait peut*étre même dans les pauses de ceux-ci, dont on ne peut guère se figurer la représentation sans le lien d'un récitatif, comme celui de nos oratorios, par exemple. Ces intermèdes pouvaient, d'ailleurs, aussi ménager au danseur le temps nécessaire pour changer de costume et de masque. La substitution du chant choral à celui du soliste de la tragédie^ avait été introduite par le fondateur du nouveau genre pantomime, ce Pylade qui mit en même temps un grand orchestre, richement fourni d'instruments, à la place du simple accompagnement de flûte. Interrogé en quoi consistait son innovation, il doit avoir répondu par un vers d'Homère ainsi
1 Josèphe, A, /., XIX, 1, 13. — * Myrrha, fille de Cinyras, rai de Chypre, et mère d'Adonis, né d'un inceste de celle-ci avec son propre père, qui eut commerce avec elle sans la reconnaître d'abord. Ayant ensuite découvert son crime- involontaire, il voulut la tuer; mais elle lui échappa, par la métamorphose en un arbrisseau, duquel on vit depuis couler la myrrhe. *
3 Lucien, De saltat., 37 à 61.
3 Voyez, pour les temps postérieurs, P. E. MuUer, De gen. «vi Theod., II, 104, etc.
conçu : « Dans le concert des flûtes et des chalumeaux , ainsi que dans les rumeurs de la foulée » A côlé de la flûte et des chalumeaux, les cymbales, la guitare et la lyre, plus d'une fois mentionnées, ces deux dernières par Ovide ^ et les deux précédentes par Lucien, enlraient dans la composition de cet orchestre'. La mesure était marquée par \escabillum, espèce de pédale, formée de deux plaques attachées à la semelle, qui s'entrechoquaient d'une manière retentissante à chaque battement du pied^. Naturellement la musique avait, en même temps, pour but de seconder les mouvements rhythmiques du danseur. Cette musique ne valait pas mieux que les textes; elle était pleine de fanfares et de roulements, sans vigueur ni dignité comme sans chasteté, ne visant qu'à chatouiller les oreilles; aussi, les amis sérieux de l'art crurent-ils devoir expliquer la décadence de la musique en général par la domination de la pantomime, sur la scène*.
Plus la musique et le chant furent subordonnés à la danse, plus celle-ci dut captiver exclusivement l'intérêt des spectateurs. Il est vrai que Tintelligence du ballet était secondée et facilitée par le chant choral; mais le problème que le nouveau genre dramatique prit à lâche de résoudre et résolut effectivement, élait de rendre le jeu muet aussi parlant que possible, même sans le secours de ces hors-d'œuvre. Cette tâche était d'autant plus difficile
1 Suétone, dans S. Jérôme (éd. Roth, p. 301, 25) : Pylades Cilix pantomimus, cum veteres ipsi canerent atque saltarent, primus Romœ chorum et fistulam sibi prœcinere fecit, annis 732, 733. — Voir aussi Macrobe, Saturn., JJ, 7, 18.
2 Remed.y 753, etc.
8 Voir aussi Arnobe, Adv. gent., I, 2; Cassiodore, Var.^ IV, 51.
* Voir Jahn, Columbarium de la Villa Pamphili, p. 24.
* Ovide, Remed., 1 , c. —-Lucien, De saltat., 2.