LIVRE M. — LES SPECTACLES
pantomimes fussent parfois des poèmes distincts, mais ils étaient, sans doute, plus souvent un rajustement d'extraits de pièces grecques et latines déjà existantes.
Des poètes distingués même ne dédaignaient pas de composer les textes de ces ballets [fahulae salHcae). Le célèbre Lucain passe pour en avoir écrit quatorze*. Ils étaient bien payés par les pantomimes. Stace, qui ne recueillit pour sa Thébaide que de stériles éloges, tira un profit notable de la vente du texte encore inconnu d^une Agave au célèbre danseur Paris*. Mais, en général, les textes de pantomimes étaient, comme il paraît, réputés sans valeur, et certainement non à tort®. Les sujets, comme il va sans dire, par cela même qu'ils étaient empruntés à la tragédie, avaient presque généralement un caractère mythologique, historique par exception seulement. Il est vrai que Lucien déclare propres à la pantomime tous les sujets depuis Forigine du monde jusqu'à la mort de Cléopâtre, et l'on comprend que les poètes de l'empire romain ne pussent se permettre de franchir cette dernière limite; mais la tragique histoire de Polycrate et de sa fille, et la passion de Séleucus pour Stratonice, l'amante de son père, sont les seuls exemples de sujets historiques cités par lui^ et il n'existe nulle part une mention d'autres sujets pareils, tandis que le nombre des sujets mythologiques que nous connaissons est trèsgrand. Exceptionnellement, il y en avait aussi d'emprun-
1 Voir, outre Welcker, Jahn, Prol. ad Persium^ p. xxxiv; Genlhe, De M. Annaeo Lucano, p. 64, etc.; Silo Seneca, DecL, éd. bip., p. 20.
2 Juvénal, VU, 92.
3 Plutarque, Qu. conv.^ IV, 15, 17. — Voir aussi Libanius, éd. Reiske, vol. III, p. 381 , etc.
* Lucien, De saltaL, 54 el 58.
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tés à la tradition romaine. On mentionne ainsi un Turnus arrangé d'après Virgile, pantomime dans laquelle Néron voulait prendre un rôle^ On emprunta de même à la mythologie égyptienne l'histoire d'Osiris et les métamorphoses des dieux^. Le fonds qui prédominait largement, c'était la mythologie grecque, dont beaucoup de sujets furent probablement introduits sur la scène, pour la première fois, sous forme de pantomimes. Parmi ces sujets, il y en avait certes d'un haut intérêt tragique , et ils n'étaient pas rares : comme Atrée et Thyeste , Ajax furieux , Hercule furieux, Niobé, Hector et d'autres semblables. Mais Jes plus fréquents de beaucoup, et les plus goûtés, étaient des histoires d'amour, en partie de la nature la plus scabreuse.
Ovide ^, dans un passage qui peut s'appliquer aux farces mimiques aussi bien qu'aux pantomimes, introduites au théâtre depuis l'an de Rome 732 ou 733, dit :
Ulic assidue ficti saltantur amantes, Quid caveas actor, quid juvet arte docet.
Ces sujets erotiques étaient empruntés soit à la mythologie des dieux , comme les amours et les déguisements de Jupiter, Vénus et Adonis, Vénus et Mars dans le filet de Vulcain, Apollon et Daphné, etc.; soit à la tradition héroïque, comme Phèdre et Hippolyle, Méléagre et Atalante, Protésilaus et Laodamie, Jason et Médée, Achille à Scyros, Achille et la belle Briséis, Ariane à Naxos, Pasiphaé, Ci-
^ Suétone, Néron, chap. lit : Proditurum..., histrionem saltaturumque Yirgilîi Turnum.
2 Lucien, De saltat., 59.
3 Remed., 751, etc.