LIVRE VI. — LES SPECTACLES
Rome, la fête de la grande mère des dieux, quand le préteur n'y consacrait pas plus de 100,000 sesterces, ou 28,000 francs de sa poche, avait très-pauvre mine^ On aurait une mesure pour Tensemble des dépenses affectées aux jeux prétoriens, durant les deux premiers siècles de l'empire, si, dans la biographie d'Adrien*, l'indication de la somme que ce prince reçut, pour cet emploi, de Trajan, n'était pas douteuse comme elle l'est, sous le rapport de l'exactitude. Aurélien eut de Valérien, pour couvrir la dépense des jeux qu'il avait à donner au cirque, pendant son consulat, indépendamment des effets de garderobe, des tapis et des animaux nécessaires pour les sacrifices, 5 millions de sesterces, soit environ 1,360,000 francs, plus 300 pièces d'or et 3,000 deniers d'argent, pour les largesses au peuple et les cadeaux destinés aux combattants'. Les jeux de sept jours que Symmaque organisa, lors de la préture de son fils, passaient pour
1 Martial dit à ce sujet :
Constalura fait Megalensis purpura cenlum Millibus, at nimium munera parca dares.
Praelor ait : Scis me Scorpo Thalloque daturum, Atque utinam centam millia sola darem.
Ailleurs (Y, 25) il demande s'il ne vaudrait pas mieux doter un pauvre du cens équestre :
Quam non sensuro dare quadringenta caballo, Aureus ut Scorpi nasus ubique micet?
3 Elle porte, au chapitre m : Praetbr factus est, Sura bis, Seryiano iterum Goss, quum HS iterum vicies ad ludbs edendos a Trajano accessit. — Sans le mot iterum^ qui pourrait n'avoir été répété dans la phrase que par mégarde, on aurait déjà une somme assez ronde (vicies), de 544,000 francs environ.
3 Vie (VAurélien, chap. xii.
avoir coulé 2,000 livres d'or, ou environ 2,284,000 francs. Cependant Symraaque n'était pas compté parmi les séna^ tem*s les plus riches, comme ce Maximus qui aurait une autre fois, à ce que Ton prétend, dépensé dans le même but une somme double*. Les dépenses du consulat aussi s'élevaient, en ce temps-là, à cause des spectacles, obligatoires dans la circonstance, à plus de 2,000 livres d'or; mais les empereurs y contribuaient en général pour la plus forte part^. Justinien aussi employa, lors de son consulat de Fan 521, dans lequel il renchérit en magnificence sur tous les précédents consulats d'Orient, 288,000 sous d'or {^olidi), soit environ 4,540,000 francs > en spectacles et en présents^.
A part les spectacles impériaux, dont les charges étaienl supportées par les provinces, c'est-à-dire par tout l'empire, l'écrasante obligation de procurer au peuple de Rome ces divertissements dispendieux pesait presque en entier sur l'ordre sénatorial, pour lequel les subventions déjà mentionnées de l'État n'allégeaient cette charge que dans une mesure relativement très-faible. Elle avait tout à fait le caractère d'un impôt frappant l'aristocratie, en faveur du prolétariat, et poussé, séculairement , jusqu'à la dernière limite de ce qu'on pouvait exiger d'une classe dont les membres étaient continuellement obligés d'acheter rang, titres et tout cet éclat extérieur que procurent des
i Olympiodore, dans Photius, J, p. 63.
2 Procope, Histoire secrète, chap. xxvi. — La livre d'or est ici calculée à 1^142 francs, comme on voit.
3 Marcellin, Com, chron. : Famosissimum hune consulatum JusU^ nianus omnium Orientalium consulatu profecto munificentius his liberalitatibus edidit. Nam CCLXXXVIII millia solidorum in populum, inque spectacula sive in spectaculorum machinam distributa, XX leones, XXX pardos, exceptis aliis feris, amphitheatro simul exhibuit.