LIVRE VI. — LES SPECTACLES
des donateurs de fêtes un luxe pour lequel les dotations, qui y étaient affectées, devinrent bienlôt tellement insuffisantes que les édiles furent obligés d'y joindre des subventions considérables, de leurs propres deniers, ou de recourir à la bourse de leurs amis. Beaucoup d'entre eux se ruinèrent ainsi, tandis que la plupart des autres ne parvenaient à fournir à ces dépenses qu'avec le produit des exactions commises par eux aux dépens des alliés et dans les provinces. Au milieu du deuxième siècle avant Jésus- Christ, de brillants jeux de gladiateurs coûtaient 30 ta» lents, soit plus de 176,000 francs*. Cette somme paraît faible pourtant, en comparaison de la prodigalité inouïe que l'on déploya dans les spectacles vers la fin de la république. Il n'est guère probable que la magnificence des jeux donnés par les Scaurus, les Pompée, les Jules César, ait jamais été surpassée, même sous l'empire. Milon dissipa trois héritages en spectacles, pour apaiser la populace^. Sous l'empire, on éleva le tarif des sommes à payer par le trésor de TÉtat pour les jeux publics, dont la durée avait été beaucoup allongée, il est vrai, dans l'intervalle. D'après im document authentique de l'an SI de notre ère, elles atteignaient 760,000 sesterces (plus de 206,000 francs) pour les jeux romains, 600,000 sesterces (plus de 163,000 francs) pour les jeux plébéiens, 380,000 sesterces (plus de 103,000 francs) pour les jeux apollinaires, et 10,000 sesterces (environ 2,700 francs seulement) pour les jeux augustaux, nouvellement institués'. Cependant, ces chiffres ne suffisent nullement pour donner la mesure de l'ensem-
< Polybe, XXXn, 4, 5.
2 Cicéron, Pro Milone, chap. xxxv.
3 Mommsen, Corp, Inscr. lat., d'après les Faiti Antiatihi, p. 377 b.
ble des dépenses, ce que les magistrats ordonnateurs y ajoutaient échappant à tout calcul. Nous n*avons que des renseignements épars et d'époques différentes sur ces contributions supplémentaires , comme en général sur les dépenses énormes faites pour les jeux par des particuliers, de leur poche. Quand Hérode de Judée institua, en Thonneur d'Auguste, un spectacle solennel, qui devait revenir tous les quatre ans, il reçut en cadeau de cet empereur et de Livie tout ce qui était nécessaire pour la dotation de cette fête, le tout formant une valeur estimée à SOO talents ou près de 2,948,000 francs ^ Il est vrai qu'Hérode, lors de son séjour à Rome, avait fait lui-même un présent de 300 talents à Auguste, mais celui-ci n'avait pas tardé à y répondre par le don de la moitié du produit des mines de l'île de Chypre^. Au commencement de l'empire, de bons jeux de gladiateurs, d'une durée de trois jours, pouvaient, dans une ville moyenne d'Italie, revenir à 400,000 sesterces ou près de 109,000 francs'.
La ville de Pisaure (Pesaro) fut gratifiée d'un legs de 600,000 sesterces, pour donner tous les cinq ans un spectacle de gladiateurs ^ avec les intérêts de cette somme, devant, au taux de 5 p. 100, produire à cette fin 150,000 sesterces, au bout de chaque période quinquennale. Un sénatus-consulte de l'an 27 défendit à qui ne possédait pas au moins 400,000 sesterces de donner des jeux de gladiateurs^; mais cette mesure n'avait pour but que d'écarter de pareilles entreprises les spéculateui's intéressés sans fortune. A
i Josèphe, Ànt. Jud., XVI, 5, 1.
3 /6irf.,4, 5.
3 Pétrone, Satyr., c. xlv.
* Orelli, Inscr, lot., 81.
5 Tacite, Annales, IV, 63.