‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des Antonins (volume 2)Chapitre 111 sur 258 · LIVRE VI. — LES SPECTACLES · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — LES SPECTACLES

Le reproche que Ton faisait généralement aux panloniimes, d'afficher l'immoralité et d'exercer une influence corruptrice, ne pouvait être infirmé par leurs plus chauds partisans ^ Même sans l'extrême crudité, des couleurs dont JuvénaP a chargé sa description de ces spectacles, il paraîtrait hors de doute qu'ils ne contribuaient pas le moins à pervertir les femmes, qui étaient en général passionnément éprises de ces jeux* Un des derniers historiens païens de l'empire voyait dans l'introduction des pantomimes, sous Auguste, le symptôme d'une démoralisation générale, qui aurait ainsi commencé par elles, avec l'institution du pouvoir monarchique dans le monde romain'.

On distinguait, dans la pantomime^ deux genres principaux, dont on ramenait l'origine aux deux fondateurs de cette forme de spectacle : à l'Alexandrin Bathylle et au Cilicien Pylade*. Ce dernier, qui écrivit aussi sur son art*, fut le fondateur de la pantomime tragique. Le genre introduit par Bathylle se rattachait, comme il parait, au jeu satyrique de la même manière que le précédent dérivait de la tragédie. Le genre de Bathylle, simple et enjoué, avait de l'affinité avec le cordax, la danse burlesque des Grecs. Écho , Pan , un satyre raffolant de l'Amour, tels étaient les rôles dans lesquels brillait Bathylle, tout aussi peu

1 Pline le Jeune, Lettres, VH, 24 (au sujet du petit-fils d'Ummidie Quadratilla).

^ Loco citaio.

3 Zosime, Hist., I, 6.

* Athénée, I, p. 20 F, et Plutarque, Qv^st, conv., VH, 8, c. m, 3. Tous les deux ont puisé à la même source, dans un écrit d'Aristonique. n résulte des passages cités que le mot comcedia, dans Sénèque, ne peut s'entendre que du jeu satyrique. C*est avec raison que Welcker a nié l'existence de pantomimes comiques, c'est-à-dire de comédies transformées en pantomimes.

s Athénée, l, c.

doué pour les pantomimes pathétiques, solennelles et comprenant beaucoup de personnages, de son rivai Pylade , que celui-ci pour la danse légère ^ Pylade ravissait surtout les spectateurs dans le rôle de Bacchus; il semblait, dit un auteur grec, que le dieu eût passé en lui; ce Bacchus était véritablement un enfant du cieP; s'il s'était présenté ainsi sur l'Olympe, dit un autre, la reine des Dieux l'eût certainement revendiqué comme son fils^. Dans le rôle d'Hercule furieux cependant, il paraît que sa manière de jouer la démence lui attira le reproche de l'exagération ^ Ces deux artistes firent école ^, et le genre créé par Bathylle se maintint pour le moins jusqu'au temps de Plutarque^. Il est, néanmoins, probable qu'il fut de bonne heure éclipsé par l'autre genre, qui bientôt régna seul sur la scène. Lucien, dans son écrit très-développé sur la danse, ne mentionne que la pantomime tragique.

Indépendamment de la pantomime, on voyait encore, sur la scène romaine, toute sorte d'autres représentations du genre orchestique. De même que les morceaux de chant des tragédies, d'autres poëmes, mis en musique,, étaient joués comme pantomimes, avec ou sans accompagnement de danses; quelquefois les chanteurs s'accompagnaient eux-mêmes"^. On avait ainsi représenté, à Rome, des pro-

1 Sénèque, Controv. epit.j III, préface : Pylades in œmœdia Balhyllus in tragœdia multum a se aberant.

2 Anlipaler de Thessalonique, Epigr. 27 — Anthol. gr., éd. Jacobs, II, p. 102.

3 Boethius, ibid., p. 114.

* Macrobe, II, 7.

* Sénèque, Qu, nat, VII, 32 : « Stal per successores Pyladis el Bathylli, domus. » Ce dernier mot toutefois ne saurait être le yrai.

6 Plutarque, l. c,

7 Pétrone, c. un (odaria saltare).

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