LIVRE VI. — LES SPECTACLES
dans celle du repas de Thyeste, el un autre, qui devait représenter la nriort de Sémélé dans les flammes , dans celle de Glaucé , consumée par Tardeur des poisons dont étaient imprégnés les vêtements de noce envoyés par Médée^ Ni pareil écart d'un acteur ,tombant d'un rôle dans un autre, ni, de la part des spectateurs, la promptitude à s'apercevoir de son erreur, ne se conçoivent sans une tradition bien établie, pour chaque rôle. Tous les témoignages de répoque confirment dans la supposition que les artistes d'un mérite supérieur possédaient, alors, le talent de caractériser chaque rôle avec beaucoup de finesse. Pylade fut, dit-on, mécontent d'une représentation d'OEdipe aveugle par Hylas, auquel il y reprochait certains mouvements d'un homme ayant encore la vue^. Dans les scènes pathétiques, les pantomimes réussissaient, assez souvent, à émouvoir les speclateurs jusqu'aux larmes ^.
Mais, bien que les meilleurs artistes s'appliquassent à mériter leurs succès par un jeu plein d'intelligence, profondément réfléchi et conforme aux règles de l'esthétique, le charme principal exercé, par ce spectacle, sur la masse des spectateurs des deux sexes, n'en consistait pas moins dans l'attrait qu'il avait pour les sens. Des vêtements somptueux, diaprés de riches couleurs et flottant à grands plis, avec un masque exempt de la difformité du hideux orifice que l'on était obligé de ménager, pour l'émission de la voix, sur le masque du tragédien^, relevaient l'effet produit par la beauté juvénile et sans défaut, indispensable au pantomime, dont le physique devait, suivant Lucien, présenter
^ Lucien, De saltat., 80.
2 Macrobe, l. c.
3 Lucien, De saltat., 79.
*. Ibid., 27, 29.
en quelque sorte Tincarnation du canon de Polydète^ Les défauts de Textérieur étaient, en effet, ceux pour lesquels les spectateurs avaient le moins d'indulgence. Une riche chevelure naturelle qui, dans l'image que les anciens se faisaient de la beauté juvénile, en constituait un élément encore plus essentiel que d'après nos idées modernes, était surtout de rigueur ^ Les mille secrets de Fart de la toilette venaient, sans doute, encore en aide à la nature^. Par un exercice continuel et une vie régulière, notamment par la frugalité^, les pantomimes acquéraient un empire absolu sur leur corps, une agilité, une souplesse et une élasticité qui les mettaient en état d'exécuter chacun de leurs mouvements avec grâce, élégance et mollesse. Par ces qualités, ils charmaient le plus dans les rôles de femmes, où ils réussissaient à faire oublier complètement leur sexe*. Dans les scènes lubriques, qui formaient le principal assaisonnement de ce spectacle, la grâce enchanteresse de leur jeu s'unissait souvent avec une luxure et une impudence telles qu'ils se croyaient tout permis. Quand le beau Bathylle dansait la Léda, la mime la plus effrontée se sentait une novice, une écolière de la campagne, vis-àvis de cette virtuosité dans l'art de chatouiller les sens avec raffinement^.
1 Lucien, De saltat., 75, etc. — * On appelait canon une statue proposée par ce sculpteur célèbre comme l'archétype des belles proportions, dans la forme du corps humain. *
2 Voir les passages de Libanius dans P. E. Muller, De gen. «vi Theod., II, p. 104, et Claudien, in Eutrop., II, 403-5.
3 Galien, De compos, médicament, sec» locos, éd. Kuhn, XII, p. 454 (recettes de cosmétiques).
* Libanius, Pro saltat., p. 388, etc.
5 Columelle, De re rustica, I, préface, 15. — Lactance, InsHt. div., VI, 20, 32.
6 Juvénal, VI, 63-66 ; Thymele tune rustica discit.