‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des Antonins (volume 2)Chapitre 116 sur 258 · LIVRE VI. — LES SPECTACLES · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — LES SPECTACLES

durée des spectacles et à la sphère du théâlre^ , et il paraît que Ton s'en tint à celte disposition, dans la suite ^. Du reste, Auguste était d'une rigueur inexorable pour les acteurs qui manquaient aux convenances. Il fit battre de verges, dans les trois théâtres de Rome, et bannit le comédien Stéphanion, pour le punir d'une liaison avec une femme mariée, qui s'était fait couper ras les cheveux et Pavait suivi déguisée en jeune garçon de service. Il fit châtier publiquement à coups de fouet, dans l'atrium de sa propre maison, le pantomime Hylas, sur la plainte d'un préteur, et bannit d'Italie le célèbre Pylade, pour avoir montré du doigt un spectateur qui le sifflait au théâtre*.

Il était naturel qu'un art auquel s'attachait la tache d'infamie ne fût, habituellement , exercé que par des esclaves et des affranchis, ou des hommes libres originaires de pays dans lesquels le préjugé romain n'existait pas, comme il le fut notamment par des Grecs, des Asiatiques et des Égyptiens^, et cette circonstance ne pouvait contribuer à procurer plus de considéralion aux acteurs de la scène. Les familles d'esclaves des grandes maisons, au temps de l'empire, comprenaient, ordinairement, non-seulement des pantomimes, mais aussi des comédiens, des tragédiens et

^ Suétone, Auguste^ chap. xly.

2 Tacite, I, 77, oii la phrase : « Diyus Augustus immunes yerberum histriones quondam responderat », est peut-être empruntée aux actes du Sénat. Suétone est, sur ce point, plus positif et certainement plus exact. La proposition faite, en l'an 15, <( ut prœtoribus jus yirgarum in histriones esset », concluait probablement au rétablissement du régime antérieur à Auguste.

3 Suétone, l. c.

^ Les comédiens, tragédiens et joueurs de flûte hommes libres, avec lesquels conversait un disciple du philosophe Taurus, d'après Aulu- Gelle (XX, 4), étaient probablement des Grecs.

d'aulres artistes de la scène , quelquefois même des troupes entières d'acteurs ^ C'est la maison impériale qui possédait les plus nombreuses et les meilleures de ces troupes. Les acteurs de celte condition passaient, comme d'autres esclaves, par testament, vente et donation, d'un propriétaire à un antre^ et servaient à l'amusement du maître et de ses invités, surtout pendant et après les repas, comme on l'a déjà vu au tome P% p. 334. Mais, le plus souvent, on les employait, prêtait et louait pour les spectacles publics, ce qui dédommageait largement le mattre des frais de leur éducation. Les amis de la maison et toutes les personnes qui voulaient être agréables au possesseur d'une troupe ne négligeaient pas de visiter le. spectacle, quand ses gens y jouaient, ni de les applaudir vivement^. Souvent ces esclaves obtenaient la liberté, pour récompense de l'habileté de leur jeu; quelquefois, à la sollicitation du public \ Mais ordinairement ils prenaient, au moment de leur émancipation, l'engagement conditionnel de se mettre à la disposition de leur patron, quand il le désirerait, ainsi que de se laisser donner à louage par lui*. Ils étaient obligés de jouer, gratuitement, aux spectacles donnés par leur ancien maître, ou par ses amis^.

Mais cette déconsidération, qui pesait sur la profession d'acteur, n'empêcha pas des artistes distingués et en faveur d'arriver à des positions très-brillantes. Cela avait

ï Martial^ XIV, 214 (pueri comoedi).

^ Gaïus, Inst. III, 212. Digeste, X\\, 1, 34 : Quum ejusdem generis plures res simul veneant yeluti comœdi Tel chorus; XL, 5, 12 : Cum Firmus Titiano tragœdos très legasset.

3 Pline le Jeune, Lettres, VII, 24.

* Suétone, Tibère, chap. xlvii. — Dion Casslus, LVII, 11.

B Julien, liv. XLV, Digeste. — Digeste, XXXVUI, 1, 25,

^ Ibid., I, ex Minicio; ibid., I, 27.

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