‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des Antonins (volume 2)Chapitre 115 sur 258 · LIVRE VI. — LES SPECTACLES · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — LES SPECTACLES

masculine, aux études sérieuses ^ La passion de Galigula poiur la danse ^ favorisa la propagation de ce dilettantisme. Les bons maîtres de danse, comme les professeurs de musique, étalent très- recherchés^, et, bien que la grande majorité d'entre eux fût probablement composée d'étrangers, on avait cependant aussi déjà vu , sous Auguste , un Romain donner des leçons de danse à Rome\ D'après Sénèque, l'art de Pylade et de Bathylle ne manquait ni de maîtres , ni d'élèves; il y avait dans toutes les maisons particulières des scènes, dont le parquet résonnait des exercices de danse, sous les pas de nombre d'hommes et de femmes^. Pour les temps postérieurs non plus, il n'y a manque de témoignages de la persistance de ce dilettantisme^, qui fut bien, il est vrai, toujours regardé comme malséant, déshonorant même, pour des hommes haut placés^, mais que plusieurs empereurs n'en continuèrent pas moins de pratiquer en personne *.

L'intérêt particulier que les classes supérieures et les plus augustes personnages prenaient aux jeux de la scène, ne pouvait rester sans influence sur la position sociale des

* Sénèque, Controv., I, proœmium : Cantandî saltandique nunc obscœna studia effeminatos tenent.

3 Suétone, Caligula, chap. lv.

3 Columelle, De re rusHca, prœf. I.

* Pline, H. iV., VH, 159 : « Stephanionem, qui primus togatus salière instituit. » C'est probablement le même que le « togatarius » de Suétone {Auguste, chap. xlv).

^ Sénèque, Qu. na^. Vil, 32.

« Martial, II, 7 :

Et belle cantas et saltas, Attice, belle.

7 Suétone, Domitienj chap. vin. — Dion Cassius, LXVlï, 13.

8 Hist. Aug., Commode^ chap. i ; Héliogabale, chap. xxxii. — Hérodien, V, 3, 10.

acteurs, bien que leur position civile et légale ne changeât pas. Quiconque se prostituait sur la scène, pour rarausement du public, était toujours encore frappé de la dégradation civique, comme le soldat congédié ignominieusement, Tentremetteur d'intrigues amoureuses, le fripon et le calomniateur*. Dioclétien fut, à ce qu'il paraît, le premier empereur qui disposa que des personnes ayant paru sur la scène, pendant leur minorité, ne seraient plus désormais, pour cela, déchues de leur honneur^. Dans les villes municipales et les colonies aussi, les acteurs étaient légalement exclus de tous les emplois honorifiques'. 11 était interdit, par la loi Julienne, même aux petites et aux arrière-petitesfilles de sénateurs , issues de la branche masculine , de contracter mariage avec le fils d'un acteur ou d'une actrice, sous peine de nullité , comme aux petits et arrière-petits-fils de sénateurs de s'unir avec des filles sortant de familles d'acteurs^. Le mari qui surprenait un acteur sur le fait d'adultère avec sa femme, dans la maison conjugale, pouvait le tuer impunément, comme s'il eût été son propre esclave ou son affranchi'. Le soldat qui se faisait acteur était puni de mort, comme s'il s'était laissé réduire à la condition d'esclave*.' Auguste fut le premier qui restreignit le droit, qu'avaient anciennement les magistrats, d'infliger, partout et en tout temps, des châtiments corporels aux acteurs, à la

1 Edict. prœt. {Digeste, III, 2, 21.) — Voir aussi Cicéron, De Rep, IV, 10, et Cornélius Népos,|?roflpiw., 4.

2 Code, II, 12, 21.

' Dirksen, Ùbs, ad tab. heracl. (VIIÏ, 1, 34), part. II, p. 71.

* Digeste, XXm, 2, 42 et 44.

s Ibid., XLVin, 5, 24 (Macer, libro I, Publicorum).

6 Ibid., 19, 14. Macer, libro II, de re militaH ; Si miles artem ludicram fecerit, vel in seryitutem se venire passus est, capite puniendum Menander scribit.

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