LIVRE VI. — LES SPECTACLES
passait aux voix, dans le conseil intime de Trajan, sur l'abolition du concours de gymnastique à Vienne , dans la Gaule, Junius Rusticus, homme d'autant de fermeté que de droiture, joignit à son vote l'expression de ce vœu : « Je désirerais qu'il pût être également supprimé à Rome; » avis que Pline le Jeune, qui avait assisté lui- môme à la séance, rapporte comme une preuve d'intrépidité et de résolution. Il termine ainsi son rapport : a On décida la suppression du concours qui avait contribué à la corruption des mœurs, à Vienne, au môme titre que le nôtre, à la corruption générale des mœurs. Cependant les vices des Viennois restent dans leur famille, tandis que les nôtres se propagent au loin, et il en est pour un empire comme pour le corps humain : les maladies les plus dangereuses sont celles qui de la tôte se communiquent au reste du corps ^ »
Tant que cette aversion nationale des Romains pour l'athlétisme et les concours helléniques, à Rome, et l'opposition qui s'ensuivit, persistèrent, et elles y existaient pour le moins encore au commencement du deuxième siècle, il en résulta que les hommes des classes supérieures ne s'intéressèrent qu'isolément à ces spectacles, et ceux des basses classes aussi que d'une manière très-peu générale. Tandis que nombre de chevaliers et de sénateurs ne craignaient point de paraître, au premier siècle, sur la scène, au cirque et dans l'arène, Palfurius Sura, dont on mentionne les exploits au stade, doit ôtre cité comme le seul qui y donnât cet exemple. Il est vrai que des gens de moindre condition jetèrent, à Rome aussi, leur dévolu sur la l)rofession d'athlètes. Déjà dans la 177^ olympiade, en
i Pline le Jeune, Lettres, IV, 22.
Tan 72 avant Jésus-Christ, un Romain, Gaius, avait remporté la victoire à Olympîe, dans la course de longue haleine *; on cite un pancraliaste, Régulus, pour la faveur que lui accorda Titus ^ , et Juvénal dit que les manies étrangères ont fait de tels progrès à Rome, qu'on en est venu jusqu'à y voir les Quirites porter à leur cou, frotté d'huile, les insignes des prix qu'ils avaient eus comme athlètes^. Mais, bien que Naples offrit la plus belle occasion de former des athlètes d'après les règles de l'école, il paraît que l'Italie, communément, ne produisait encore que cette classe de champions qui, rôdant de village en village, comme dit Horace^, donnaient carrière à leur humeur batailleuse dans les fêtes champêtres, mais ne prétendaient guère à la couronne aux grands jeux olympiques. La Grèce et l'Orient avaient gardé leur ancien privilège de fournir les maîtres dans cet art. En effet, tandis que les inscriptions et les monuments dédiés à des athlètes grecs sont aussi fréquents que ceux dont on a fait honneur à des cochers romains du cirque et à des gladiateurs de l'arène, les monuments à l'adresse d'athlètes romains manquent presque entièrement.
Quoique l'intérêt des Romains ne fût jamais aussi passionné pour ces spectacles que pour les autres, le goût d'amateurs pour l'athlétique n'avait pas moins, comme nous l'avons déjà dit plus haut, fait de grands progrès à Rome , depuis Néron, mais surtout depuis Domitien, et le&
1 Photius, Cod., 79, p. 146, JI; p. 83, Bekk.
2 Plutarque, De sanUat. prœc, c. v, p. 124.
3 Juvénal, III, 68 :
Et ceromatico fert niceteria collo.
4 Épitres, I, 1, 49.