LIVRE VI. — LES SPECTACLES
De Tamphithéâtre de Thysdras (El Djemm) Ganina croit qu'il a été constrait sous les Gordiens ; Pellissier, qu'il n'a jamais été achevé. Les Arabes qui, d'après Goste, s'y retranchèrent pendant une de leurs révoltes en 1710, sous Mohammed-Bey, n'ont pas cessé, depuis, de travailler à la destruction de ce bâtiment, en en faisant servir les pierres, qu'ils croient douées de la vertu de chasser les scorpions, à la construction des maisons, des tombeaux et des marabouts d'El- Djemm.
Son mur d'enceinte elliptique présente soixante-huit arches d'entrée et trois étages, ornés de colonnes à demi saillantes et, autrefois, surmontées d'un attique. Le style en est simple et noble. Les décombres de l'intérieur ne permettent plus de reconnaître si cet amphithéâtre a servi également pour des naumachies. Gependant une ouverture , au centre de l'arène, communique avec un canal souterrain , qui avait été sans doute ménagé pour l'écoulement des eaux pluviales et qui , s'il faut en croire les Arabes, déboucherait à huit lieues de là dans la mer* Voir Pellissier, Lettre à M. Hase, dans la Revue archéologique , I, 816; Aimé Rochas, ibid. , IX, 90; P. Goste et Ganina, dans les Annales de l'Inst. archéoL , 1852, p. 241 , etc. ; Davis, p. 492, etc.
L'amphithéâtre de Tuburbium fut souvent arrosé du sang des martyrs , notamment aussi de celui des saintes Perpétue et Féljcité, dont Valésius seul a placé le martyre à Carthage. — Voir Ruinart, Vita mart. , p. 78.
L'amphithéâtre d'Uthina Zeugitanae (Oudenah), placé sur une éminence et de forme ovale, a, d'après Alphonse Rousseau (Lettre à M. Amédée Jaubert, dans la Rev. arch, , III, p. 146), environ 240 pas de circonférence. Il ne serait pas impossible qu'il eût servi aussi à des naumachies. La place des galeries, des tribunes, desvomitoires, etc. , est encore parfaitement reconnaissable. Voir, sur la même ruine , John Jackson, Account of the ruins of Carthago and of Udenah inBarbary, 1803, dans VArchœoL Brit, XV, p. 151.
L'amphithéâtre d'Utique (Bou-Ghater), creusé dans une colline, et dont l'arène pouvait être facilement submergée (Davis, p. 507), a une circonférence de 266 mètres, d'après Pelhssier (Lettre à M, Hase,. 2e partie , dans la Rev. arch, , III , 399).
Ajoutons que Pellissier (ibid., I, 814, et II, 498) mentionne encore deux petits amphithéâtres : l'un, à un seul étage et dans le genre de celui de Philippeville, sur la côte orientale de la Zeugitane, entre la Petite-Leptis (Lamta?) et la tour d'Annibal (El Mohedieh?), près du village de Dimas; l'autre à Kénaïs (régence de Tunis), dans le même genre, à 8 kilomètres seulement de Mourédina. — Voir aussi, pour
des données plas complètes sur toute la contrée, Guérin, Voyage dans la régence de Tunis, 1862, 2 vol.
Les spectacles paraissent avoir été , dans les provinces d'Afrique aussi, prineipalement organisés par les dignitaires sacerdotaux, sans préjudice des fêtes dues à la munificence d'autres donateurs , dans plusieurs villes et à des occasions différentes. Voir Renier, Inscr, de l'Algérie, 1440 (Verecunda), 1528 (Thamugas),2871 (HippoRegius), 2928 (Madauri), 3096 (Théveste) ; Bu«. de VInst. , 1859, p. 51 (Rusicade) et Mus, Veron, 467 , 2 (in arcu Tripolitano). — Cette obligation rendait même le sacerdoce de la province d'Afrique excessivement onéreux (Henzen, 6904). On voit par le Code Théodosien (XII, 1, 145, 176; XVI, 10, 20) de quelle nature étaient ces spéciales, à Garthage. Ils comprenaient des fêtes de l'amphithéâtre, comme en témoigne expressément saint Augustin {Epist, ad Marcellin,, 138), dans ce passage : « Apulejus cui sacerdoti provinciae permagno fuit , ut munera ederet venatoresque vestîret. y>