LIVRE YI. — LES SPECTACLES
nuils. A robjection de la crainte qu'il n'en résultât du désordre, on répondit qu'avec un aussi brillant éclairage, rien d'illicite ne pourrait s'y dérober aux yeux^ Du reste, les spectacles de nuit, en général, n'étaient probablement pas rares à Rome, sous l'empire, puisque, même dans les autres villes d'Italie, la mention d'illuminations accompagne souvent celle des spectacles. Caligula fit une fois jouer la nuit des pièces de théâtre , pendant la représentation desquelles toute la ville fut éclairée^. La course de chars, dans les jardins de Néron , où des chrétiens enduits de poix furent brûlés en guise de torches, paraît avoir été aussi un spectacle de nuit'. Domitien ordonna même des combats nocturnes d'animaux et de gladiateurs, avec éclairage*. C'est sans doute également à un spectacle de nuit que fait allusion ce distique de Martial
Quod, Leandre, tibi nocturna pepercerit unda, Desine mirari : Caesaris unda fuit.
Sous l'empire, comme déjà sous la république*^, un régal en masse et des largesses aux spectateurs accompagnaient assez souvent les spectacles. Depuis que ceuxci duraient des jours entiers, il est probable qu'il y avait ^ •régulièrement, vers midi, un entr'acte pendant lequel on s'éloignait pour prendre son repas, quand on n'était pas traité sur les lieux mêmes, au théâtre et au cirque. Des esclaves faisaient alors partout la ronde, avec
1 Tacite, Annales, XIV, 20, etc. ; XVI, 5.
'^ Suétone, Caligula, chap. xviii.
3 Tacite, Annales, XV, 44.
* Suétone, Domitien, chap. iv. — Dion Cassius, LXVII, 8.
•'' Livre des spectacles, 25.
® Cicéron, De officiis, II, 16, 55.
des paniers remplis de comestibles ou d'énormes plais, sous le poids desquels ils ctiancelaient. On distribuait aussi des jetons donnant droit à des vivres et à des rafraîchissements. Il ne pouvait manquer d'arriver assez souvent, dans ces occasions, qu'une partie du public s'exhalât en plaintes sur l'indiscrète et empiétante gourmandise des voisins ^ Dans les grandes fêtes durant plusieurs jours, on réservait même des journées entières, exclusivement pour donner des festins en règle à tout le monde. A la fête de Flore , où l'usage de ces distributions de comestibles , encore mentionnées vers Tan 247 de notre ère^, se maintint le plus longtemps, une large pâtée de purée de haricots et de pois suffisait pour contenter le peuple^; mais -dans les fêtes données par les empereurs, le menu était plus délicat, comme il va sans dire.
Aux saturnales de l'an 90, les domestiques impériaux, tous jeunes, beaux et en riche livrée, répartis sur tous les points de l'amphithéâtre pour servir, y furent, si l'on en croit la description de Stace, aussi nombreux que les spectateurs mêmes. Tels apportaient des nappes blanches et des paniers garnis de mets exquis, tels autres, des vins vieux à profusion. Femmes et enfants, gens du peuple, chevaliers et sénateurs, tous mangeaient réunis aux mômea tables comme une famille; l'empereur lui-même daigna prendre part au repas, et le plus pauvre se sentait heureux d'être là son convive \ Caligula, à un de ces banquets, voulut bien, dans un moment de bonne humeur.
i Martial, I, 11; 26; V, 49.
2 Par Dion Cassius (LXVHI, 22).
3 Perse, V, 180. — Voir aussi Horace, Sal. U, 3, 182.
* Slace, &ilves, I, 6, 28, etc. — Voir aussi Suétone, Lomitien^ chap. IV.