‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des Antonins (volume 2)Chapitre 15 sur 258 · LIVRE VI. — LES SPECTACLES · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — LES SPECTACLES

rien dans Tair; un acrobate escaladait un mur à pic , en se sauvant devant un ours, excité par ses taquineries; des ours figuraient comme acteurs dans une pièce; cent trompettes exécutaient une fanfare et des bandes de cent musiciens chacune jouaient sur différentes espèces de flûtes ; mille pantomimes et athlètes produisaient leurs talents. La scène était artistemenl pourvue de tous les appareils et engins nécessaires pour opérer des changements à vue et produire des effets pyrotechniques, sans parler de divers autres spectacles, qui ajoutaient encore à cette variété ^ De môme, à la fête du consul Flavius Mallius Théodore, chantée par Glaudien , on vit , indépendamment de courses de chars, de combats d'athlètes, de chasses aux bêtes, de pièces de théâtres et de représentations lyriques de divers genres , des jongleurs qui s'élevaient dans les airs , comme des oiseaux , et y formaient entre eux des pyramides , au sommet desquelles se balançait un jeune garçon; puis des changements à vue artificiellement ménagés sur la scène, un feu d'artifice brûlant sans rien endommager et une régate sur l'eau ^.

Des illuminations splendides faisaient aussi très-souvent partie du programme des fêtes, ce qui n'a rien d'étonnant, puisque l'usage des lumières, des lampes et des torches, dans les solennités religieuses et autres, n'avait rien d'insolite à Rome, ni dans l'antiquité en généraP. Très-anciennement déjà , lors des spectacles , le Forum et le comice avaient été illuminés avec des lampes en plein

ï Preller, Mythologie des Romains^ p. 415 de l'original allemand, dont une traduction française vient de paraître toutefois. '

2 Vie de Carin, chap. xix.

3 Glaudien, De FI. Mail. Theod. cons., 279, etc.

jour, sans préjudice des décorations d'un autre genre ^ L'usage de laisser les fêtes se prolonger dans la nuit, moyennant un éclairage artificiel, ne s'est, selon toute probabilité, établi que postérieurement, d'abord pour la fête de Flore, dont les extravagances devaient cadrer le mieux avec une fêle de nuit^. Lors des jeux floraux de l'an 32 après J.-C, le préteur L. Séjan fit reconduire chez eux les spectateurs par cinq mille esclaves, chargés d'éclairer leur chemin^. Les jeux séculaires, qu'Auguste rétablit en l'an 17 avant J,-G., duraient aussi toute la nuit, suivant l'antique usage. Auguste défendit à la jeunesse des deux sexes d'assister à ces spectacles nocturnes autrement qu'en compagnie de personnes d'un âge plus mûr*; et, pendant le jubilé millénaire de Rome, en l'an 248, le peuple resta, suivant le rapport des chroniqueurs, trois nuits de suite sans prendre de repos ^. Il se pourrait aussi que Ton eût l'habitude d'illuminer lors des saturnales, pendant lesquelles l'usage des lumières, qui, vers l'époque du solstice d'hiver, comme de nos jours à la fête de Noël, avait le caractère symbolique d'une célébration du jour qui reprend , était général. A la fête des saturnales de l'an 90, ordonnée par Domitien, on fit descendre, à la nuit tombante, au milieu de l'amphithéâtre un cercle de flammes, dont la vive clarté permit de continuer les jeux *^. La fête quatriennale introduite, en Tan 60, par Néron, parait avoir été, dès Torigine, pareillement étendue aux

* Romanis ludis forus olim ornalu' lucernis. (Lucilius, Sat., I, 23.) — Voir aussi Cicéron, Verr., Il, I, 22, 58; Ihid., 54, 141.

•^ Ovide, Fastes, V, 361, etc.

3 Dion Cassius, LVIII, 19.

* Suétone, Auguste, chap. xxxi.

^ S. Jérôme, Chron.

^ Stace, Silves, I, 6, 85, etc.

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