LIVRE VIL — LES VOYAGES
d'un catalogue des coutumes et des lois de toutes les nations séparément énumérées; car vous êtes devenus des guides pour le monde entier, en avez ouvert toutes les portes et donné à chacun la facilité de tout voir de ses propres yeux. Vous avez rendu des lois obligatoires pour tous, supprimé un état de choses, amusant à raconter, mais devenu réellement insupportable, et fait en quelque sorte du monde entier une seule famille , en mariant tous les peuples entre eux. » Cette déclamation aussi se termine par la prière que Rome et l'Empire 'fleurissent à perpétuité ou du moins ne prennent fin que le jour où le fer flottera sur la surface des mers et les arbres cesseront de fleurir au printemps ^
Cependant, quelque outrées que soient les expressions de ce panégyrique, il faut reconnaître que, si des créations quelconques du génie romain justifiaient pareille admiration , c'étaient par-dessus tout celles-là mêmes dont il s'agit ici. La magnificence et la grandeur du système de routes qui embrassait dans son réseau tout l'empire, sont effectivement au-dessus de tout éloge, et les restes qui en subsistent encore sont ce qu'il y a de plus propre à frapper de respect pour la puissance de ce génie. Le fait que nonseulement ces constructions gigantesques, dont tout l'ancien monde était couvert, avaient presque généralement péri , mais que Pidée même d'un ensemble de communications aussi complet et aussi parfait s'était entièrement
1 Aristide, Encom. Romae,^. 224, 18, etc., éd. Jebb. — * Aujourd'hui, toutes les mers portent des coques de navires en fer, et, si la végétation a conservé toute sa vitalité, la Ville éternelle a depuis longtemps perdu la sienne ! C'est qu'il y a dans 1^ nature et dans le libre développement des facultés humaines de tout autres ressources que dans la politique la mieux combinée et la police la plus habile d'un empire des* potique*.
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perdue dans les temps modernes, peut seul expliquer Terreur signalée de la prétendue rareté des voyages jusque dans les derniers temps de Tantiquité.
Des cartes routières et des relevés indiquant, avec les stations, la direction des routes, les distances et les endroits où l'on pouvait trouver un gîte pour la nuit, facilitaient les communications à un haut degré. Il faut conclure d'une découverte faite par hasard, en 1852, que
' l'usage de ces cartes était très-répandu. En fouillant le sol des bains de Vicarello, sur le lac de Bracciano, on trouva, entre autres objets, trois vases en argent ayant la
. forme de colonnes milliaires, sur lesquelles était gravé l'itinéraire complet de Gadès à Rome , avec indication de toutes les stations et distances ^ Ces vases, d'époques diverses, provenaient évidemment d'Espagnols qui, étant venus chercher leur guérison aux bains de Vicarello, avaient voulu, suivant l'usage des anciens, témoigner par un don pieux de leur vénération pour la source bienfaisante qui avait opéré la cure ^. La diversité des dates suppose une fabrication continue de pareils vases, et il n'est guère probable que l'Espagne fût la seule province où l'on en faisait. On ne comprendrait pas bien non plus, dans cette industrie de luxe, l'idée de graver sur des vases d'argent des itinéraires, sans un besoin très-général de ces derniers, pour les voyages. Peut-être ces relevés descriptifs contenaient-ils souvent aussi des indications sur les curiosités et toutes choses méritant d'être vues, des notices histori-
^ Voir, pour ces itinéraires, Henzen (Antiquités de Vicarello^ dans le Musée rhénan, nouvelle série, X, 1853, p. 20, etc., ainsi que 31 à 34). Ceux de Vicarello sont plus anciens que Yltinerarium Antonini, dont nous reparlerons tout-à-l'heure, du temps de Dioclétien,
2 Preller, Mythologie romaine, p. 522.