‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des Antonins (volume 2)Chapitre 171 sur 258 · LIVRE Vil. — LES VOYAGES · texte numérisé non relu

LIVRE Vil. — LES VOYAGES

entiers; les éléments nuisibles avaient été repoussés au loin, tous les éléments bienfaisants au contraire, attirés des dernières limites du monde connu dans le giron de cet empire universeP. » La terre et la mer étaient sûres, les villes, paisibles et prospères ^, les montagnes et les vallées, en culture, toutes les mers, couvertes de navires occupés d'effectuer l'échange mutuel des produits de tous les pays '. On ne voyait plus, nulle part, ni guerres, ni batailles, ni hordes de brigands, ni flottes de pirates, maison pouvait, en toute saison, voyager et naviguer sans crainte entre l'Orient et l'Occident*. Ainsi la majesté de la domination romaine avait consommé l'union de tout l'orbe terrestre ^; avec Rome l'humanité avait, en quelque sorte, reçu des dieux l'âme d'une vie nouvelle, et on peut admettre que, dans un temps, les vœux de la majorité des peuples fussent pour l'exaucement de la prière que la faveur de ce don pût être éternelle *. On retrouve des expressions encore plus enthousiastes, renchérissant sur ces propos de circonstance du juif alexandrin Philon, du philosophe grec Épictète et du chevalier romain Pline, dans les déclamations écrites par le rhéteur Aristide de Smyrne, sur le premier des Antonins et la domination universelle de Rome, a Chacun, aujourd'hui, y> dit-il, « n'est-il pas maître d'aller partout

1 Philon, Legatio ad Caitim, p. 566, etc.

3 Voir le fragment d'une inscription d'Halicarnasse, probablement relative à Auguste, dans Gerhard [Monum&iits et explorations^ 1859, 91, etc.).

3 Philon, l. c, p. 652, etc.

* Épictète, Diss.,l\\, 13,9.

* Pline, H. N., XIV, 2 : Quis enim non communicato orbe terrarum majestate Romani imperii profecisse vitam putet commercio rerum ac societate festœ pacis, omniaque quœ antea occulta fuerant in promiscuo usu facta?

« Ibid., XXVII, 2, etc.

OÙ il lui plaît? Tous les ports ne sont-ils pas pleins de mouvement? Les montagnes n'offrent-elles pas aux voyageurs la même sécurité que les villes à leurs habitants? Toutes les campagnes ne sont-elles pas remplies de délices? La crainte ne s'est-elle pas évanouie partout? Restet-il quelque part une voie fluviale dont le passage se trouve intercepté, un détroit maritime fermé ^ ? Non, la terre a déposé son ancien vêtement, qui était de fer, pour ne plus apparaître qu'en costume de fête. Hellènes et barbares peuvent maintenant aller partout hors de chez eux, en emportant leur propriété, comme s'ils ne faisaient que se rendre d'une patrie dans une autre patrie. Ni les portes de la Cilicie, ni les chemins de sable étroits, conduisant d'Arabie en Egypte, ni Tinaccessibllité des monts, ni la profondeur des fleuves, ni le caractère inhospitalier des tribus barbares, n'effrayent plus désormais; pour jouir d'une parfaite sécurité partout, il suffit d'être Romain, ou plutôt votre sujet. » Cela était si vrai, dès avant l'empire, qu'au témoignage de Cicéron^, la noblesse et la gloire du nom romain étaient du plus grand secours au citoyen romain, même obscur, jusque chez les barbares et les peuples les plus éloignés, tels que les habitants de la Perse et de l'Inde, a Vous avez , » dit encore le panégyriste grec de l'empire, « fait une réalité du mot d'Homère : la terre est le bien commun de tous. » Vous l'avez mesurée d'un bout à l'autre, vous avez jeté partout des ponts sur les fleuves, percé les montagnes de routes carrossables, peuplé les déserts, et tout ennobli par l'ordre et la discipline. On peut se passer, maintenant, d'une description de l'univers,

1 Aristide, elç padiXéa, p. 66, éd. Jebb.

2 Verrines, II, 5, 65, 166.

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