LIVRE VU. — LES VOYAGES
raisons de force majeure pour déterminer qui que ce soit à courir, en hiver, les dangers d'une traversée, comme celle de Flaccus prisonnier, transporté d'Alexandrie en Italie au commencement de Fhiver^; le voyage de mer d'Ovide, obligé de s'embarquer pour Tomi, en décembre, et si fortement secoué par la tempête*, ou celui de Cicéron, de Leucades à Brindes, du 6 au 24 novembre de l'an de Rome 7043,
Malgré la sévère défense des lois*, les habitants des côtes n'exerçaient que trop souvent le droit d'épaves contre les malheureux naufragés, et l'on vit même des pêcheurs causer volontairement des naufrages, en trompant les navires par de faux signaux^.
Depuis la pacification du monde, les pirates n'étaient plus à craindre dans la Méditerranée^; la sécurité de la navigation n'y fut plus troublée qu'exceptionnellement et passagèrement, par suite de l'agitation de guerres comme
1 Philon, in Flaccum.
2 Ovide, Tristes, 1, 11, 3 et 7.
3 Cicéron, Ep. ad fam., XVI, 9.
* Callistrate, liv. II, QuksU [Digeste, XL VII, 9, 7) : Ne quid ex naufragiis diripiatur, vel quis extraneus interveniat colligendis ils, multifariam prospectum e&t; nam et Divus Hadrianus edicto prœcepit, ut hi qui juxta littora maris possideat, scirent, si quando navis vel inflicta vel fracta inter fines agit cujusq[ue fuerit, ne naufragia dlripiant, in ipsos judicia praesîdes his qui res suas direptas queruntur, judicia reddituros, etc. — Pétrone, c. CXIV : Procurrere piscatores parvulis expediti navigiis ad praedam rapiendam.
5 Dion Chrysostome, Or, 7, 105 et 109 M, (Accusation portée par le sycopliante contre un riverain de l'Eubée.) — Ulpien, lib. I, Opinionum (Digeste, XLVII, 9, 10) : Ne piscatores nocte lumine ostenso fallant navigantes, quasi in portum aliquem delaturi, eoque modo in periculum naves et qui in iis sunt deducant, sibique execrandam prœ« dam parent, prsesidis provincise relîgiosa constantia efficiat.
6 Strabon, III, 2, p. 145. — Voir aussi Pline, Hist nat., II, 117.
celle de Judée, où un grand nombre de Juifs, bannis et fugitifs, se retranchèrent à Joppé et interrompirent, pendant quelque temps , par leurs pirateries , les relations maritimes entre la Syrie, la Phénicie et FÉgypte^ Dans les mers plus lointaines, cependant, telles que l'océan Indien^ et même la partie nord-est de la mer Noire 3, la puissance romaine ne pouvait rien, il est vrai, contre les pirates.
Dans la Méditerranée, on naviguait souvent la nuit, surtout sur la côte occidentale de l'Italie, de Pouzzoles à Ostie, par exemple*, mais aussi sur les rivages de la Grèce*. Parti de Pouzzoles le soir, on abordait probablement dans la première matinée à Antium, puis dans la deuxième à Gaëte , et Ton atteignait l'embouchure du Tibre le troisième jour^. De Brindes à Corcyre ou à Dyrrhachium, la traverséC;, dans des conditions de temps et de vent favorables, s'effectuait en un jour, et de même au retour^; mais un gros temps la rendait naturellemeiit plus longue^.
L'apôtre saint Paul , à la faveur du vent du sud , arriva
* Josèphe, Bell. Jud., III, 9, 2.
s Pline, F. 2V., VI, 26, 101.
3 Strabon, XI, 2, 12.
4 Philostrate, Apollonius de Tyane, VII, 16; p. 137, éd. K. —Pétrone , c. ic : Adoratis sideribus intro navigiiun; c. çii : Gubernator.... per« vigil nocte siderum quoque motus custodit.
6 PMlostrate, ibid., VII, 10; p. 133, éd. K (départ de Corinthe le soir). — Aulu-Gelle, II, 21 (trajet de nuit d'Egine au Pirée).
« Philostrate, ibid,, VII, 17; p. 138 K.
7 Appien, Hist, rom.y IX, 17 (Paul-Émile). — Cicéron, ad Atticum IV, 1, 4 : Pridie nonas Sext. Dyrrhachio sum profectus... Brundisium veni nonis Sext.
8 Aulu-Gelle, XIX, 1. — Voir aussi Cicéron, âd fam., XVI, 9, 1 (départ du port de Gassiope dans File de Corcyre) : Inde austro lernssûno, cœlo sereno, nocte illa et die postero (a. d. VIII, Kal. Dec. 704), in Italiam ad Hydruntem ludlbundi pervenimus, eodemque yento postridie...« hora quarta Brundisium venimua.