LIVRE, VII. — LES VOYAGES
îogne, il faudrait en conclure qu'il ne fit pas moins de cent trente à cent quarante milles par jour, peut-être à cheval ^ De& voyageurs ordinaires , qui naturellement prenaient un gîte la nuit , y mettaient le double ou le triple de temps en voiture. De Brindes , on faisait aisément , avec son équipage, les trois cent soixante milles formant la distance de ce port à Rome, en moins de dix jours*, soit, comme dit Ovide ^ :
Quum gelidam Thracen et opertam nubibus Hœmon
Et maris lonii transieritis aquas, Luce minus décima dominam venietis in Urbem,
Ut festinatum non faciatis iter.
Cinq jours pouvaient suffire, d'après Martial*, pour les deux cent vingt-quatre milles de Tarragone à Bilbilis, car, assure le poète :
Illinc (Tarracone) te rota tollet et citatus Altam Bilbilin et tuum Salonem Quinto forsitan essedo videbis.
Ce n'était pas marcher beaucoup plus vite que de
1 II y avait, diaprés Vltin. d*Antonin, 226 milles de Rome à Arîminum (p. 126), 78 de là à Bologne {ibid,) et 217 de Bologne à Aquilée (p. 281) : en tout 521 milles. En allant d'Ariminum à Rayenne, qui en esta 33 milles, puis de là à Altinum, par eau, et y reprenant la voie de terre jusqu'à Aquilée (62 milles), le voyage de terre seul était de 821 milles.
2 Vltin, d'Anton, compte 136 milles de Rome à Gapoue (p* 612), 33 de Gapoue à Bénévent (p. 111), 157 de Bénévent à Tarente et 44 de cette dernière ville à Brindes (p. 120), ce qui fait en tout 370 milles. Strabon (VI, 3, p. 150) n'en indique plus que 360, ce qui suppose un léger abrègement de l'itinéraire.
3 Ep., ex Ponto, IV, 63. " .
vigoureux piétons, auxquels on donnait cinq jours ^ pour aller de Rome à Capoue (cent trente-six milles), et trois ^ pour se rendre de Rome à Pouzzoles (cent trente-huit milles). Comme de juste, on admettait le bénéfice de journées plus courtes, deMngt milles chacune, en faveur des personnes requises du dehors, pour prendre charge de tutelle^. Les voyages, tant à pied qu'à cheval, continuèrent probablement toujours à former le grand nombre. Si, cependant, Horace fait mention d'un voyage à Tarente, à dos de mulet*, et si l'on voit ce poète, qui aimait tant ses aises, n'en faire pas moins tant de chemin pédestrement, lors de son voyage à Rrindes, cela semble indiquer que l'organisation des services des cisiarii et des jumentarii ne suivit que par degrés celle du service des postes {cursus]. Les voyages de mer se bornaient presque exclusivement à la saison du printemps, de Tété et de la première moitié de l'automne, vers la fin duquel les navires retournaient de toutes parts au port d'armement * , à moins qu'ils ne préférassent hiverner à l'étranger^. La navigation, interrompue du 11 novembre au 5 mars [navigium Isidis)^ d'après Végèce^, recommençait en mars. On voyait alors fonctionner partout les machines destinées à remettre à flot les bâtiments tirés à terre ^. Il fallait sans doute des
1 Procope, De bello Goth., 1, 14.
^ Temps employé parDamis, dans Philostrate, Apollonius de Tyaney
vn, 41.
3 Digeste, XXII, 1,^13, g 2.
* Sat., I, 6, 105.
* Philon, Leg. ad Caium, 548 M.
6 Actes des Apdtres, 28, 11.
^ V, 9. — Voir aussi Mommsen, C, I. t., p. 387 b, et Preller, My^ thologie romaine, p. 729.
8 Horace, Odes, I, 4, 2.