‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des Antonins (volume 2)Chapitre 180 sur 258 · LIVRE VII. — LES VOYAGES · texte numérisé non relu

LIVRE VII. — LES VOYAGES

bliqueS où les voyageurs d'importance n'épargnaient pas le luxe et les dépenses d'agrément. Dans un voyage à Lanuvium, avec sa femme, Milon, indépendamment de la tourbe des esclaves et servantes de sa suite, emmena toute la chapelle de sa maison^. César emportait avec lui, dans ses pérégrinations, des parquets de mosaïque^. Les voyages de Marc-Antoine, avec leur immense attirail, les chars attelés de lions, la masse de vases d'or que l'on y portait, comme à une procession*, rappellent déjà les coutumes orientales'. On renchérit encore sur ce faste, sous l'empire. Il paraît que Néron ne voyagea jamais avec moins de mille carrosses. Ses mules étaient ferrées d'argent, ses muletiers en livrée rouge, ses piqueurs et ses valets de pied, non moins resplendissants^. Poppée fit ferrer d'or ses bêtes de trait, et elle emmenait toujours avec elle cinq cents ânesses , pour fournir à son bain de lait quotidien ^. Il paraît que les hautes classes se piquaient d'émulation / pour imiter, le plus possible , l'exemple de la magnificence impériale; du moins le luxe de voyage était-il très-grand et très-général, d'après l'assurance de Sénèque^; aussi ne

1 Plutarque, Caton le Jeune, chap. xx, 1 .

2 Cicéron, Pro Milone, chap. x.

3 Suétone, César, chap. xlti.

* Plutarque, Marc- Antoine, chap. ix, 4. — Cicéron, Philippin ques, 2y 24.

5 Plutarque, Crassus^ chap. xxi (Voyage du Parlhe Surénas). — Vie d^Héliogahale^ chap. xxxi.

6 Suétone, Néron, chap. xxx.

7 Pline, Hist. nat, XI, 238; XXVm, 183; XXXIII. 140.

8 Lettres, 123, 6 : Quod si pauci facerent, noUemus imitari : cum plures facere cœperunt, quasi honestius sit, quasi (quia.') frequentius, sequimur. Et recti apud nos locum tenet error, ubi publicus factus est. Omnes jam sic peregrinantur, ut illos Numidarum prœcurrat equitatus , etc.

pouvait-il manquer d'arriTer que maint de ces fkstueux voyageurs ne fût opulent que sur la grande roate , et que plus d'un s'y préoccupât déjà vivement de la question s'il ne se mettrait pas bientôt lui-même à gages, comme bestiaire ou comme gladiateur, vu Timminence de sa déconfiture*. Des nègres, en costume bariolé^ des piqueurs numides et des valets de pied*, ouvraient un pareil cortège, pour écarter tout obstacle de la marche. La voiture était traînée par des mules bien nourries , qu'on aimait à choisir de même couleur, ou par des chevaux gaulois, petits et gros^ mais lestes. Afin d'avoir une monture toujours prête, on emmenait aussi des chevaux d'amble. Les animaux de trait étaient couverts de housses, de pourpre ou brodées, et portaient un mors et des chaînes dorées. Les voitures de voyage, garnies d'ornements précieux, parfois même de figurines d'ar- .gent et d'or, valaient quelquefois autant qu'un bien de campagne^. Les rideaux y étaient de soie, ou de quelque autre étoffe riche*. On emportait de la vaisselle de table faite des matières les plus précieuses, comme d'or, de cristal, de murrha, jusqu'à des vases d'une grande valeur artistique, qu'il eût été dangereux d'exposer aux cahots de la voiture et qu'il fallait, par conséquent, porter à bras. Un pareil équipage de route suppose naturellement une suite et une domesticité nombreuses. Les pages favoris avaient des masques en pâte sur la figure , pour que la peau fût à l'abri des effets de la gelée et de la chaleur ^ La disposition confortable des voitures de voyage et le raffi-

^ Sénèque, Lettres^ 87, 9.

2 Ibid., 123, 6. — Martial, X, 6, 7; 13, 1 ; XII, 24.

3 Pline, Hist, nat,, XXXIV, 163. — Martial, III, 72. * Properce, IV, 8.

^ Sénèque, l, c.

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