‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des Antonins (volume 2)Chapitre 188 sur 258 · LIVBE VIT. — LES VOYAGES · texte numérisé non relu

LIVBE VIT. — LES VOYAGES

chargé de faire, pour les Arvernes, un Mercure colossale On vil des Gaulois et des Germains gardes du corps au service d'unVoi des Juifs (Hérode), à Jérusalem 2. On trouvait des Juifs établis dans toutes les provinces^. Il n'était pas une ville dans laquelle ne séjournassent nombre d'étrangers. Sénèque* put dire, avec raison, tout en exagérant, qu'ils étaient plus nombreux que les indigènes, môme dans une île de rochers aussi âpre, inculte et inhospitalière que la Corse. Le courant de relations qu'une grande partie de ces émigrés ne manquaient certainement pas d'entretenir, de leur nouveau domicile, avec leur patrie originaire, suffisait d'ailleurs pour faire naître continuellement des occasions de voyages dans toutes les directions.

Nombre de professions et d'occupations, aussi, obligeaient les gens à passer une grande partie de leur temps en voyage. La vie la plus errante était celle du négociant, qui ne cessait d'aller du levant au couchant, des zones les plus froides aux climats les plus chauds'*, rapportant de ses voyages les premières notions des contrées les plus lointaines et les plus inhospitalières. Il bravait nonseulement les dangers de la Méditerranée et du Pont- Euxin*, mais s'aventurait même sur l'Atlantique"^, et l'on

Bourbon-Lancy et concernant un peintre du premier siècle, à en juger par la forme des lettres.)

1 Pline, Hist, nat„ XXXIV, 45.

2 Josèphe, Ant. Jud., XVII, 8, 3.

3 Strabon dans Josèphe, XIX, 7, 2.

* Consol. ad Helviam, c. vi.

^ « Vagus mercator >. dit Horace, dans Y Art poétique, 117. — Voir aussi Sat,, I, 4, 29; I, 6; Bp. I, 16, 71; Odes, I, 1, 15.

6 Le même, Odes, IIÏ, 1,3: Thyna merce beali.

7 Malgré les doutes élevés contre l'authenticité de ces vers d'Horace (Odes, I, 31, 3) :

ter et quater

Anne rcvisens sequôr Atlanticum.

T. II. i4

sait qu'il y avait beaucoup d'activité mercantile entre Gadès et les ports d'Italie ^ Il est même certain que bien des personnes devaient être très-souvent dans le cas de faire de ces périlleux voyages. Un nép^ociânt d*Hiérapolis en Phrygie, Flavius Zeuxis, put, comme nous l'avons déjà dit plus haut, se vanter, dans une inscription conservée par hasard, d'avoir fait soixante- douze fois le voyage en Italie^. La conquête de l'Egypte avait ouvert une ère nouvelle au commerce romain, en lui frayant le chemin de rinde^. Pour se rendre dans cette contrée, on s'embarquait

* StraboD, JII, p. 144.

3 * Un de nos sayants orientalistes, M. Reinaud, professeur d'arabe et membre des plus honorés de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, a publié, dans les dernières années, trois mémoires du plus haut intérêt sur la question des rapports de l'empire romain avec les pays de Textréme Orient, à cette époque. Ces mémoires, déjà mentionnés dans la préface du présent Tolume, se fondent sur le rapprochement et Tétude comparative des témoignages latins, grecs, arabes, persans, indiens et chinois. Ils portent : !<> sur le commencement et la fin du royaume de la Mésène et de la Kharacène; 2^ sur le Périple de la mer Erythrée et sur la navigation des mers orientales au milieu du iii« siècle; 3^ enfin, sur les relations politiques et commerciales de Vempire romain avec VAsie orientale, pendant les cinq premiers siècles de Vère chrétienne. Les deux premiers se trouvent dans la collection des Mémoires de Vlnstitut, au tome xxr? du recueil de l'Académie des inscriptions; le troisième a paru séparément en 1863. Dans ce dernier, M. Reinaud établit clairement que les relations directes du monde romain avec Tlnde et Textrême Orient commencèrent en Tan 36 avant J.-C, à l'époque où le triumvir Marc- Antoine, de concert avec la fameuse Cléopâtre, gouvernait l'Egypte et les autres provinces orientales. Pour l'Egypte seule, l'origine des relations commerciales avec l'Inde remontait à l'année 72, soit au règne de Ptolémée Aulète. C'est peu de temps après, vers le milieu du premier siècle avant notre ère, qu'Hippalus eut le premier l'idée de tirer parti des moussons pour le trajet de la mer Erythrée. Dans la vallée de l'Indus régnait, au temps de Marc-Antoine, un prince bouddhiste du nom de Kanichka, successeur de ces guerriers grecs qui, maîtres de la Bactriane, enlevée par eux aux Séleucides, avaient ensuite fait la conquête du

Page 1