‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des Antonins (volume 2)Chapitre 189 sur 258 · LIVRE VU. — LES VOYAGES · texte numérisé non relu

LIVRE VU. — LES VOYAGES

à Alexandrie, au fort de Tété, en profitant des venls alizés soufflant du nord, afin de remonter d'abord le Nil jusqu'à Coptos, que Ton gagnait en douze jours avec un vent favorable, et où les ballots de marchandises étaient chargés à dos de chameau. De là, les caravanes se dirigeaient soit au nord-est sur Myos Hormos (le port de la Souris), distant d'environ six journées de marche, soit au sud-est sur Bérénice, place maritime très-animée, pourvue de grands magasins et de caravansérails, qu'elles atteignaient en douze jours. Ces voyages par le désert de la Haute-Egypte se faisaient de nuit , à cause des chaleurs excessives de la saison. « Se guidant sur les étoiles, » dit Strabon, « on allait d*un puits à l'autre et se reposait le jour^ » De Myos Hor*-

Gachemire. C'était alors le souverain le plus puissant de ilnde, où l'on connaissait cependant aussi les Gangarides, établis, suivant les géographes du temps, dans la partie inférieure de la vallée du Gange. H entra en relations avec le triumvir par l'entremise de Cléopâtre et fit même alliance avec lui; aussi Virgile s'éleva-t-il plusieurs fois, dans ses vers, contre ce prince indo-scythe. Pour se rendre dans la Bactriane, il fallait s'embarquer dans un port de la mer Rouge pour l'Indue, puis remonter ce fleuve et franchir la chaîne de i'Hindou-Kousck. Interrompues par suite de la bataille d'Actiam, mais bientôt renoaées par Auguste, en l'an 20 avant J.-C, ces relations se maintinrent ensuite durant environ quatre siècles, pendant lesquels les rois indo-scythes de k Bactriane furent les auxiliaires les plus utiles de la politique romaine dans TAsie orientale vis-à-vis des Parthes et des Chinois. Le grec étant devenu, depuis les conquêtes d'Alexandre, la langue universelle de l'Orient , c'est en grec que continuèrent à se faire les. transactions commerciales el les traités politiques avec tous les pays orientaux. Il est fait mention d'ambassades envoyées de Tlnde à la cour de Constantin le Grand, comme auparavant à celle de Marc-Aurèle, ainsi que par les rois de l'île de Taprobane (Cey« ian) aux empereurs, du temps de Julien l'Apostat, comme déjà sous le règne de Claude. Les relations avec l'Inde durèrent ainsi jusque vers la fin de l'empire, époque à laquelle toutefois les Persans et les Ethiopiens parvinrent à en exclure et à y supplanter complètement la marine et le commerce des Romains. * C. Y.

^ Yarges {De statu jEgypti, p. 78-81) a décrit tout au long ce voyage.

mos on voyait déjà, chaque année, du temps de cet écrivain, peut-être ISO navires marchands, qui prenaient à leur bord des archers, pour leur défense conlre les pirates ^ faire voile , par le golfe Arabique, pour l'Inde^. Tout le voyage de rinde depuis Alexandrie, aller et retour, pouvait durer de six à sept mois, à compter du solstice d'été au mois de février suivant'. Nous en avons une relation, due à un marchand d'Egypte du milieu du premier siècle*. Il existait alors déjà une colonie de négociants grecs, vivant au milieu d'Arabes et d'Indiens, dans une île voisine de la côte méridionale de l'Arabie Heureuse. Malgré l'insalubrité délétère du climat et les autres dangers d'un séjour dans ces parages, Muziris, sur la côte occidentale de l'Inde, en était le port le plus assidûment visité par des navires grecs'*.

Il n'est guère admissible que les trafiquants de Rome aient pu longtemps abandonner entièrement aux Égyptiens et aux Grecs un commerce qui donnait d'aussi im-

II croit pouvoir admettre qu'à cette époque des nayires pouyaient aussi passer directement du Nil dans le golfe arabique, par le canal de Ptolémée.

1 Pline, Hist. nat., VI, 106.

2 Strabon, II, 4, 11, p. 118.

3 Varges, l. c, p. 81.

4 Voir, dans Pline , jB^. iV., VI, 101, ces phrases : « Nunc primum certa notitia patescente » . . . . et « narigatio quae his annis comperta seryatur hodie », termes d'allusion desquels on a cru pouvoir conclure que le célèbre naturaliste avait eu connaissance de celte relation. * Ceci, toutefois, s'applique à l'hypothèse que la relation dont il s'agit, le fameuK Périple de la mer Erythrée, datât réellement du temps de Claude ou de Néron, comme l'admet M. Friedlaender. Or M. Reinaud, se fondant sur des raisons qui paraissent très-justes, la croit du règne de l'empereur Philippe et de son fils, associé à l'empire en 246 et 247, c'est-à-dire d'une date correspondante au milieu du iii« siècle de notre ère *.

ô Hudson, Geogr, min., Periplus maris Erythrsei, p. 16, 17 et 30.

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