‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des Antonins (volume 2)Chapitre 191 sur 258 · LIVRE VII. — LES VOYAGES · texte numérisé non relu

LIVRE VII. — LES VOYAGES

siècles de notre ère, pénétré jusque chez les Sôres^ Des rapports chinois parlent d'une ambassade qui doit avoir apporté, en Tan 166 de notre ère, à Terapereur Hiouanti, un présent de dents d'éléphant, de cornes de rhinocéros et d'écaillés de tortue, de la part d'Aantoun, roi de Ta-lsin (l'empereur Marc-Antonin). Les porteurs étaient probablement des négociants qui, pour voyager avec plus de sécurité, se faisaient passer pour des ambassadeurs^. Il va sans dire qu'il se trouvait sur toutes les places de commerce de l'empire des marchands domiciliés, en grande partie originaires de provinces lointaines^. Jusque dans la capitale

^ Les prétendus ambassadeurs de Taprobane (Ceylan), sous Claude, firent sur les Sères les mêmes rapports que les négociants romains (Pline, H, N., \l, 88 : Cetera eadem quœ nostri negotiatores). Marinas de Tyr emprunta son indication de la distance de la tour de pierre à la Tille de Sera aux rapports d un négociant macédonien, Maes dit Titien, qui n'y avait pas été lui-même, mais avait organisé une opération commerciale dans la Sérique. Ptolémée {Géographie, l, 11), cependant, parle du peu de confiance que méritent ces relations de marchands.

* Cette tour de pierre parait désigner la ville de Taschkend, dont le nom présent a la même signification en turc *.

* M. Reinaud ne croit devoir faire aucune distinction entre les Sères et les Sines ou Thines de Ptolémée, noms qui tous ne s'appliquent au fond qu'à un seul et même peuple, les Chinois. L'origine des relations commerciales du monde romain avec la Chine ne paraît guère moins ancienne que l'établissement de comptoirs romains sur les principales places de commerce de l'Inde et des mers voisines, dès les premiers temps de l'empire. C'est l'époque où la soie chinoise commence déjà à s'y répandre. L'envoi d'une ambassade sère à Auguste est attesté par Horace et par Florus. Dès ce règne, des caravanes aussi circulèrent, à la faveur des intervalles de paix avec les Parthes, entre les provinces orientales de la domination romaine et la Chine, où Dioclétien encore envoya une ambassade *.

2 Letronne, Mém: des inscr. et belles-lettres, nouvelle série, t. X, p. 227. — Klaproth, Tableau hist. de l'Asie, p. 69.

3 Inscription, trouvée à Salone, concernant un marchand syrien, mort à Syrmium (Henzen, 7257); autre, au sujet d'un a negotiator Gailicanus et Asiaticus u, à Mévanie (Orelli, 4246).

376 MCEURS ROMAINES.

du prince des Marcomans, Marbod, les Romains, en y pé nétrant , rencontrèrent des marchands des provinces impériales, que l'avantage de pouvoir y trafiquer librement, l'appât du lucre et finalement l'oubli de la patrie, avaient fait passer de leurs foyers sur la terre ennemie ^

Le nombre de ceux que l'amour des découvertes et le désir d'étendre leurs connaissances amenaient en pays étranger, avait été grand de tout temps, dans l'antiquité. Le besoin que l'on éprouvait de s'instruire en observant de ses propres yeux, était beaucoup plus répandu que dans les temps modernes, non-seulement parce que la science antique était, de sa nature, beaucoup plus contemplative que la moderne; mais aussi parce que l'instruction que Ton pouvait acquérir, en ce temps-là, par l'étude des livres, était bien plus incohérente et plus maigre, moins sûre et bien plus difficile à gagner. Non-seulement les hommes de la science ayant véritablement besoin d'observer de leurs propres yeux, comme les géographes, les explorateurs du domaine de l'art et des antiquités, les naturalistes et les médecins, à propos desquels il suffit de rappeler les noms de Diodore, de Strabon, de Pausanias, de Dîoscoride, de Galien, faisaient de grands voyages; même à défaut d'un but immédiat comme celui que chacun d'eux poursuivait, le désir d'acquérir une instruction et un savoir plus étendus dans tous les sens, poussait évidemment, mainte et mainte fois, des hommes passionnés pour la science à entreprendre de longues et dangereuses pérégrinations^. Les médecins voyageaient naturellement aussi

1 Tacite, Ànnales^Il, 62.

2 Voyez par exemple sur les voyages d'Apion, Lehr, Qu. ep., p. 6, etc., et, sur ceux d'Apulée, Bosscba, Vita Apuleji,;

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