‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des Antonins (volume 2)Chapitre 197 sur 258 · LIVRE VII. — LES VOYAGES · texte numérisé non relu

LIVRE VII. — LES VOYAGES

et à jouir de Thospitalité dans tous les pays du mondée Cette passion des voyages , qui poussait l'empereur Adrien à parcourir toutes les provinces de Tempire, et qui était si forte chez lui qu'il brûlait constamment du désir de voir et d'apprendre à connaître, par lui-même, tout ce qu'il lisait sur quelque contrée que ce fût, était très-répandue^.

Mais , on se tromperait fort si Ton croyait pouvoir conclure de pareils propos à la moindre similitude des entreprises qui procédèrent du goût des anciens pour les voyages avec les voyages de découverte et les grandes émigrations des temps modernes.

Le désir de pénétrer dans la région de l'incoiinu était faible dans l'antiquité , et la terre resta , pour les Romains comme pour les Grecs, étroitement bornée dans toutes les directions; c'est à peine si l'imagination s'élevait à la fantaisie de jamais francbir ces bornes et, même dans les marches frontières, si souvent abordées, du monde alors connu, tout le zèle qu'on apportait à la recherche de la vérité, ne parvint jamais à dissiper complètement les fables et les traditions légendaires des temps antérieurs ; ces traditions revenaient toujours sur l'eau et étaient accueillies même par lès gens lettrés ^

1 Manîlius, Astron,, IV, 613.

2 Vie d'Adrien, chap. xvii.

3 ^ M. Reinaud, dans ses trois mémoires précités, s'est appliqué à bien déterminer les idées des anciens sur les grandes divisions du globe et rétendue réelle de leurs connaissances géographiques. (Voyez surtout, à ce sujet, sur les relations de Vempire romain avec VAsie orientale» aux pages 61 à 77.) Le système d'Eratosthène, qui fut bibliothécaire d'Alexandrie vers 220 avant J.-C, avec les modifications qu'y introduisirent postérieurement les idées de Cratès, bibliothécaire de Pergame vers l'an 160 avant J.-C, et l'imagination des poètes se maintint en honneur, chez les Romains, jusqu'à Textinction de l'empire d'Occident. Le système du premier fut adopté par Pomponius Mêla et Pline le natu-

Aucun navigateur n'était encore assez hardi pour s'aventurer dans rimmensité de la mer d^Occident, que Ton croyait , comme celle du Nord , impraticable pour les navires à partir d'une certaine distance des côtes, bien que Texistenc^ d'un continent entre l'Europe occidentale et l'Asie fût regardée comme possible, non-seulement par Strabon\ mais aussi par Aristide^. Pausanias encore parle, en se fondant sur le rapport d'un navigateur carien , d'îles désertes dans l'océan Atlantique, habitées par des êtres semblables à des satyres*.

Au midi, [les déserts et l'ardeur du climat opposaient une limite au goût des explorations. La chaleur, disait-on, y était telle, que les pierres en étaient brûlantes même le soir, et le sable tellement échauffé qu'il brûlait la plante des pieds et forçait les indigènes à demeurer dans des cavernes souterraines^. La chaîne de l'Atlas même resta enveloppée d'un voile mystérieux. Bien que les gouverneurs de la Mauritanie, depuis que les troupes romaines avaient, pour la première fois, pénétré jusque-là, sous Claude, se fussent piqués d'honneur de pousser jusqu'à cette chaîne; bien qu'il y eût déjà dans cette province, du temps de

raliste d'une part, ainsi que par Strabon de l'autre. Les idées de Cratès se retrouTent chez Cicéron, dans le Songe de Scipion, commenté par Macrobe. Le système de Ptolémée, postérieur d'un siècle et demi au règne d'Auguste, ne se répandit d'abord qu'en Orient, dans le monde hellénique. La manière de voir de Fauteur du Périple de la mer Erythrée tenait à la fois du système latin et du système grec. La presqu'tie de Malacca formait alors le dernier terme de la navigation des bâtiments de l'Egypte dans les mers orientales. * G. V.

* Humboldt, Cosmos, II, 222.

2 Orat., XVÏ. p. 242, éd. Jebb.

3 Pausanias, I, 23, 6.

* Sénèque, Quxst. nat., IV, 2, 17. — Voir aussi Strabon, XVII, p. 839.

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