CHAPITRE PREMIER
Des spectacles en i^énéral.
Devenus une nécessité à Rome, sous Tempire, les spectacles y remplacent en quelque sorte les anciennes assemblées du peuple. — Présence et condescendance des empereurs ap spectacle'. — Le peuple y présente ses pétitions et ses griefs. — Les empereurs eux-mêmes n*y sont pas à Tabri de la moquerie et de l'outrage. — Démonstrations politiques. — Étiquettes, notamment dans le costume. — Dépenses pour les spectacles. — Charges qu'ils imposent à Tordre sénatorial. — Nombre de jours de spectacle dans Tannée. — Les trois principaux genres de spectacles. — Représentations extraordinaires. — Illuminations de fête. — Manière de régaler le public. — On lui fait la libéralité de cadeaux et de jetons de loterie. — Grande affluence d'étrangers. — Influence démoralisante exercée par les spectacles et dont les effets ne s'arrêtent pas aux basses classes. — La manie de se produire en public dans les représentations, chez des personnes appartenant aux classes supérieures, peut être envisagée comme un des symptômes de la démoralisation générale.
La description, aussi complète que possible, des spectacles du temps est indispensable pour l'esquisse d'un tableau de l'état de civilisation du monde romain, sous l'empire. Non-seulement elle donne le mieux la mesure du grandiose des aspects de Rome à cette époque, mais
elle est caractéristique, au plus haut degré et sous une foule de rapports, pour Tétat intellectuel et moral de cette métropole de l'univers.
Les spectacles, primitivement introduits surtout pour ajouter à la solennité des fêtes célébrées en l'honneur des dieux, perdirent de bonne heure presque entièrement ce caractère religieux. Dans la dernière période de la république déjà, ils étaient devenus le moyen le plus sûr de capter la faveur populaire. Aussi, les empereurs ne négligèrent-ils pas de s'en servir pour entretenir le peuple en bonne humeur. Dion Cassius raconte qu'Auguste ayant adressé, un jour, aU; pantomime Pylade des reproches, au sujet de sa rivalité archarnée contre un de ses confrères, Pvlade ne craignit pas de répondre : Il y va de ton intérêt. César, que le peuple s'occupe de nous^ Or, indépendamment de l'intérêt qu'avaient les empereurs d'imprimer cette direction à l'esprit de la foule, la magnificence des spectacles était pour eux la meilleure manière de gagner les cœurs de cette multitude. Caligula lui-même était arrivé ainsi à une certaine popularité 2, et si le souvenir de Néron se conserva si longtemps dans la mémoire du peuple que Ton ne voulut pas croire à sa mort, qu'il y eut encore, trente ans après, des gens espérant et désirant le voir revenir, et que plus d'un faux Néron put spéculer sur cette croyance superstitieuse^, ce fut principalement, sans doute, sous l'impression qu'on avait gardée de la magnificence des spectacles donnés par cet empereur. Mais, bientôt