‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des Antonins (volume 2)Chapitre 3 sur 258 · LIVRE VI. — LES SPECTACLES. f · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — LES SPECTACLES. f

ceux-ci ne dépendirenl plus du bon gré des puissants dominateurs du monde, ces réjouissances étant devenues absolument nécessaires à la Rome impériale. Le prolétariat avait la prépondérance dans la capitale, et cette populace était plus brutale, plus intraitable et plus corrompue ,que celle de nos grandes métropoles des temps modernes, parce qull n'y eut jamais, nulle part, un rassemblement de récume de toutes les nations tel qu'à Rome, où Toisiveté, dans laquelle croupissait la masse, rendait celle-ci doublement dangereuse. Déjà le gouvernement avait dû se charger de pourvoir à son entretien par ses grandes et régulières distributions de grains; il s'ensuivit qu'il fallut également prendre à tâche de l'amuser. « Le pain et les jeux^ » ne furent bientôt plus regardés comme une grâce du pouvoir, mais comme un droit du peuple; chaque nouveau gouvernement était, bon gré, mal gré, obligé d'accepter la succession de ses prédécesseurs, et on vit les meilleurs princes rivaliser avec les plus détestables pour la magnificence et le grandiose de ces fêtes. Auguste les prima tous par la fréquence, la variété et la splendeur des spectacles de son règne, et les ordonnances multiples et circonstanciées qu'il rendit, à ce sujet, témoignent de l'importance qu'y attachait le fondateur de la monarchie^. L'avare Vespasien bâtit le Colisée, le plus grand amphi-

* Panem et circenses. 1\ faut croire que cette locution était devenue proTerbiale; car elle se retrouve non-seulement dans un passage de la satire X de Ju vénal (vers 81), mais encore chez deux autres écrivains du deuxième siècle, littéralement la même. — Voir Dion Chrysostome, Or. XXXII, p. 370, 18 M, et Fronton, qui dit formellement {Prindp. lUst., 5, 11) : « Populum romanum duabus praecipue rébus annona et spectaculis teneri. »

2 Suétone, Auguste, chap. xliii à xlv.

théâtre du monde*, et fit d'énormes dépenses en spectacles^. Titus de même^. Trajan fut peut-être Fempereur qui mit le plus de zèle à satisfaire la passion des Romains pour les spectacles. « 11 faut, » dit un écrivain postérieur*, « mettre sur le compte de la sagesse politique de ce prince de n'avoir jamais manqué d'attention même pour les danseurs et les autres artistes de la scène, du cirque et de l'arène, parce qu'il savait bien que le peuple romain tient surtout à deux choses, au pain et aux spectacles; que rexcellence d'un gouvernement ne se révèle pas moins dans le souci des passe-temps que dans celui des choses sérieuses, la négligence étant, il est vrai, bien plus préjudiciable à l'endroit de celles-ci, mais mécontentant davantage quand ceux-là en souffrent; que le peuple est, à tout prendre, moins avide de largesses en argent que de spectacles; enfin, que les distributions d'argent et de blé suffisent bien pour contenter les individus^ homme par homme, mais qu'il faut les spectacles pour le contentement du peuple en masse. » Le stoïcien Marc-Aurèle luimême dut se résoudre à donner de magnifiques spectacles et ordonna qu'en son absence il fût pourvu aux Téjouissances du peuple par les plus riches sénateurs^. La cupidité de Septirae-Sévère non plus ne l'empêcha d'y consacrer des sommes énormes^. Tibère seul fait ici également exception; il ne pouvait, en effet, mieux affi-

1 D'après une expertise du travertin employé à la construction de ce monument, ce qui en restait en 1756 valait encore près de 17 millions de francs. (Barthélémy, Voyage en Italie, 1801, p. 385.)

3 Dion Cassius, LXVI, 10.

s Ibid., LXVI, 25. — - Suétone, Titus, chap. vu.

* Fronton, Princip. hist., 5, 11.

5 Vie de Marc-Aurèle, chap. xxiii ; voir aussi chap. vu et xvii.

6 Hérodien, III, 8, 6-10.

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