LIVRE VII. — LES VOYAGES
qu'un riche musée d*art, rempli d'innombrables monuments, dont le dotèrent successivement tous les siècles pendant lesquels la gloire du dieu d'Ëpidaure y attirait des patients de toutes les parties du monde alors connu \ Mais la ville la plus importante^ de la Grèce, pendant toute cette période , ce fut ^.Rhodes , la capitale de llle du même nom. Aucune autre , ville grecque , de Taveu de Strabon^, ne surpassait, n'égalait même de loin la superbe Rhodes, comme l'appelle Horace^. Elle était, à la i fin du premier siècle de notre ère, la cité la plus riche et la plus florissante de la .Grèce * , et conserva ces avantages jusqu'au terrible tremblement de terre qui en fit tomber la majeure partie en ruines, vers le milieu du deuxième^. A la veille de cette catastrophe encore, elle paraissait, comme à l'époque de sa suprématie maritime, aussi neuve qu'une ville sortant de la main des maçons ^, et si belle qu'elle méritait en tous points le surnom de ville de Phébus ^. Les môles de ses ports se projetaient au loin dans la mer; ses immenses chantiers de construction ressemblaient, à vol d'oiseau, à des campagnes flottantes, ses galères à trois rangs de rames, ses trophées d'éperons de navires et d'autres souvenirs d'anciennes victoires, rappelaient les temps de sa puissance et de son indépendance. Au-dessus du quartier maritime s'élevait, en
1 Curtius, le Péloponnèse, p. 423, etc., et 573.
2 XIV, p. 652.
3 Od65, I, 7, 1.
4 Dion Chrysostome, Orat.j 31, p. 321, 31 M] 327, 17; 341, 27. — Marquardt place l'époque à laquelle fut prononcé ce discours au commencement du règne de Yespasien.
'^ Aristide, Oraf., 43, p. 550, 15, éd. Jebb. ^ Ibid., p. 541, au commencement.
7 Lucien, Amours, chap. viii.
amphithéâtre, sur le rivage, la ville proprement dite*, ceinte de mitrailles extrêmement fortes, protégées ellesmêmes par des tours ^, avec des rues larges et droites, bordées de maisons tellement uniformes que tout semblait construit d'une pièce *. Ses temples et ses sanctuaires resplendissaient de statues et de tableaux. Rhodes seule avait été préservée du brigandage exercé par Néron sur les objets d'art*. Le rhéteur Aristide exagère beaucoup^ sans doute , en disant' que, même après le tremblement de terre, il restait à cette ville tant de chefs-d'œuvre de l'art qu'il y aurait eu largement de quoi suffire encore à l'embellissement de plusieurs autres villes. D'après Hucien®, on aurait compté à Rhodes 3,000 statues, ce qui ne sérail guère plus, cependant, que dans les villes d'Athènes, de Delphes et d'Olympie, après qu'elles eurent été pillées par Néron. D'ailleurs, l'île tout entière ne se distinguait pas moins sous le rapport des beautés de la nature et celui de la salubrité du climat; aussi les Romains la choisissaient-ils volontiers pour séjour d'été ^. L'énumération , ne fût-ce que des villes d'une célébrité majeure, des temples avec leurs chefs-d'œuvre artistiques et leurs trésors, des points historiquement remar-
1 Diodore, XIX, 45.
2 Pausanîas, lY, 31, 5.
3 D'après la description d'Aristide, Orat,, 43, p. 539, 8; p. 541, 3. ^ Dion Chrysostome, Orat., 31, p. 355 M,
s Page 553, 11 J.
« Cité par Pline l'Ancien, Hist. nat, XXXIV, 36.
7 Horace, Odes, I, 7, 1. — Suétone, TihèrCy chap. xi. — Voir aussi une poésie d'Apollonidas (15) dans \ Anthologie grecque de Jacobs, II, p. 121, etc. — Néron également (Suétone, Néron, chap. xxxiv) feignit, vis-à-vis de sa mère, de vouloir se retirer à Rhodes. — Annius Florus (Florï Epit., éd. de Jahn, p. xlii) nomme Rhodes et la Crète parmi les lieux qu'il visita.