LIVRE VII. — LES VOYAGES
vie, luxueuse, agitée, bruyante, celle d'un monde n'aspirant qu'à jouir du présent. Corinthe surpassait même Athènes par la beauté de son site, et ne le lui cédait probablement guère en éclat et en magnificence; elle brillait surtout par le nombre et l'excellence de ses sources; fontaines et ouvrages hydrauliques, ornements principaux de la ville ^ Strabon a décrit la vue dont on jouissait des hauteurs de l'Acrocorinthe^. La reconstruction de Corinthe, commencée par César et achevée par Adrien, en fit une ville toute neuve et toute romaine. Pausanias nomme, parmi les édifices romains qui y surgirent, un temple de Jupiter Capitolin®. Dans la population de cette ville, l'élément romain était, sinon prépondérant^, du moins assez fort pour exercer une influence décisive sur le genre de vie et les mœurs, comme le montre surtout la grande faveur qu'y obtenaient les jeux de la gladiature et les chasses de l'arène. Peut-être Corinthe était elle-même déjà dans cette période, comme elle le fut plus tard, la résidence du gouverneur romain de la province. En même temps cette place, par son incomparable situation dans l'isthme, sur deux mers et comine au centre de la Grèce , était naturellement un lieu de rendez-vous et de passage pour les étrangers, qui y affluaient sans cesse de l'Est et de rOuesti et comme une ville « appartenant à toute la communauté des Hellènes ». C'était une vraie merveille de luxe et de plaisirs, faite pour égarer, par ses tentations, les eèprils les plus fermes et toujours, comme auparavant déjà, la ville d'Aphrodite. Elle n'était pas moins ri-
1 Aristide, Orationes, III, p. 23.
2 VI, 22, p. 397.
3 Pausanias, II, 4, 7.
* Ibid., II, 1 , 2.
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che en trésors de livres, étalés partout, dans les rues et sous les portiques, et l'apanage des traditions mythologiques ne lui faisait pas plus défaut que celui des souvenirs historiques ^
Après Corinthe c'est, dans le Péloponnèse, le sanctuaire d'Esculape à Ëpidaure, grandement remis en vogue sous l'empire, qui pourrait bien avoir été visité le plus par les Romains. Des murs complétaient l'enceinte de ce lieu de guérison sacré, en partie déjà naturellement séparé de tout le voisinage par les pans des montagnes environnantes. Dans ces limites, établissant le ressort du temple, était situé le petit bois fourré, sous les ombrages duquel se promenaient les malades cherchant leur guérison , et se couchaient ceux qui venaient participer aux fêtes locales. Les divers b&timents, consacrés aux usages du culte et à ceux de la thérapeutique , étaient disséminés dans ce bois; la masse de ruines encore existante prouve l'étendue des constructions affectées à ces établissements. La libéralité de l'empereur Antonin les avait beaucoup agrandis. Parmi les bâtiments nouveaux qu'il y fît élever, figurait une maison spéciale pour les moribonds et pour les accouchements, que l'on avait cru devoir établir à l'extrémité de l'enclos sacré , parce qu'il était défendu de donner le jour à un enfant, ainsi que de se laisser mourir dans ses limites. Cette vallée close parait avoir été un des plus gracieux sites de la Grèce, tant qu'elle eut pour joyaux de sa parure toute la magnificence de ses temples et autres bâtiments, établis pour les fêtes entre les hauteurs boisées, couvertes de plantations d'un caractère religieux. C'était un beau jardin en même temps
1 Voir Pausanias, et particulièrement Aristide, Orat., HI, p. 22-26 J.