LIVRE VII. — LES VOYAGES
riiistoire de Troie. Les gens d'Ilion continuaient de montrer, comme par le passé, le temple et la place où se trouvait l'image de Pallas, transférée depuis à Rome, comme l'attestent ces vers d'Ovide * :
Creditur armiferaB signum cœleste Mineryœ,
Urbis in Iliacae desiluisse juga.
Cura yidere fuit : yidi templumque locumque,
Hoc superest illi, PaUada Roma tenet.
En général, ces braves gens ne se faisaient pas faute de repaître l'esprit et les yeux des curieux les plus insatiables \ Slrabon, Pomponius Mêla ^ et Artémidore * sont entrés, tous les trois, dans plus ou moins de détails en décrivant ces curiosités. Pausanias ^ crut même devoir invoquer, comme preuve de l'ensevelissement d'Anchise près de Mantinée, en Arcadie, la circonstance que les Iliens ne montraient pas son tombeau. Les voyageurs consciencieux ne manquaient pas, sans doute, de parcourir, indépendamment de la ville et des environs, à la main de leurs guides, toute la plaine jusqu'à la mer, sur les bords de laquelle s'élevaient les tertres marquant les fosses tumulaires des héros grecs. On mentionne Apollonius de Jyane * et Caracalla "^ parmi les personnages qui y offrirent des sacrifices. Sur la tombe de Protésilas, se trouvaient ces arbres qui se desséchaient dès que leurs faîtes arrivaient à la hauteur de laquelle on pouvait découvrir Ilion, puis
1 Fastes, VI, 421.
3 Philostrate, Apollonius de Tyane, IV, il, 148 ; p. 168, éd. K.
* Onirocr., iV, 47, p. 228.
* Vni, 12, 4.
« Philostrate, loco citato,
7 Dion Cassius, LXXVH, 16; Hérodien, IV, 8.
recommençaient de nouveau à pousser ^ . Dans le poëme de Lucain , César visite ce pays , après la bataille de Pharsalft , ^ce qui fournit au poëte l'occasion de mettre à profit ses propres souvenirs de voyage, pour le décrire^. Ce dernier pouvait, d'ailleurs, très-bien y être allé d'Athènes, où il fit positivement un séjour, comme nous l'apprend un passage de Suétone ^ On montrait aussi la grotte dans laquelle Paris prononça son fameux jugement *. « Des forêts improductives et des troncs vermoulus, » dit Lucain, « ont envahi les palais royaux et pris racine dans les temples des dieux; tout Pergame est couvert débroussailles; même les ruines ont disparu. » Il voit le rocher auquel on avait attaché Héslone, fille de Laomédon, et l'appartement d'Anchise caché dans l'épaisseur d'un bois, la caverne dans laquelle était assis le juge de la beauté des trois déesses , la place de laquelle Ganymède fut enlevé et porté au ciel, la roche sur laquelle jouait la nymphe Œnone; il ne se trouve pas là une pierre qui n'ait un nom. Il avait, sans même s*en apercevoir, franchi un ruisseau presque desséché, serpentant sur le sol poudreux : c'était le Xanthe. Ne se doutant de rien, il met le pied dans l'herbe haute ; l'homme du pays l'avertit de ne pas fouler la cendre d'Hector. Les pierres étaient dispersées, nul vestige ne trahissait qu'elles avaient formé un sanctuaire; « et tu ne regardes pas, » lui dit son guide, « les autels au pied desquels tomba Priam ? »
En général, cette partie des côtes de l'Asie Mineure était
1 Pline, Hist. nat., XVI, 238. — Philippe, Epigr., 75 [Anthologie grecque de Jacobs, II, p. 2I6J.
3 PharsalCy IX^ 901, etc.
3 Édition Rolh, p. 299, 20.
1 Diodore, XVII, 7.