LIVRE VII. — LES VOYAGES
très-riche en curiosités. L'Ionie notamment ne le cédait pas, sous ce rapport, même à la Grèce, qu'elle surpassait par la beauté de son climat*. C'est là que se trouvaient les temples les plus fameux, les plus vastes et les plus anciens, celui de Colophon, que Germanicus aussi visita et dont il consulta l'oracle 2, ainsi que ceux d'Éphèse et de Mllet; là s'élevaient aussi les plus belles villes, dans lesquelles on n'avait pas cessé de prodiguer les édifices somptueux et surtout les bains^. Parmi ces villes, les plus visitées étaient probablement Éphèse et Smyme , que Dion Chrysostome* propose, avec Tarse et Antioche, comme modèles à Pruse. La première, une des plus riches places de commerce de l'Asie citérieure^ et l'un des joyaux de la contrée ^, ainsi que la capitale de la province sous les Romains, passait pour une des villes les plus populeuses, les plus belles et les mieux bâties du monde ^. Mais la gloire d'être la plus magnifique entre toutes appartenait, déjà du temps de Strabon, à Smyrne, bien que les rues y fussent encore très-sales, à cette époque , faute d'égouts*. Plus tard, on remédia probablement à cet inconvénient; aussi la ville s'agrandit et s'embellit-elle de plus en plus, pendant les deux premiers siècles, ce qui l'autorisait véritablement à se vanter d'être la première de la contrée, en étendue et en beauté comme en splendeur, la vraie métropole
1 Pausanias, VII, 5.
2 Tacite, Annales, II, 54.
3 Aristide, Orat,, XIII, p. 189 J.
4 Orat., p. 489, 20 M.
ô Strabon, XIV, 641, etc.
6 Aristide, Orat., XLII, p. 522 J.
7 Sénèque, Lettres, 102, 21.
8 Strabon, XIV, 646.
de l'Asie ^ Aristide l'a décrite, avec cette exagération qui lui est propre, vers la fin de la période qui nous occupe, avant les ravages du tremblement de terre qui y eut lieu^ entre 178 et 180. S'élevant en amphithéâtre de la mer et du port, dans une situation sans pareille, elle offrait partout le même aspect superbe, soit que l'on regardât des hauteurs voisines de ses faubourgs le panorama de la mer et de la ville même, ou que Ton vit celle-ci de l'entrée du port. Mais l'intérieur surpassait encore ce qu'elle promettait vue à distance. Elle se présentait là avec un tel air de prospérité , d'aisance et de grâce , que Ton eût dit une ville , non construite peu à peu, mais ayant poussé de terre d'un seul jet Rien n'égalait la splendeur de ses gymnases^ de ses places publiques, de ses théâtres, de ses temples et des sanctuaires adjacents. Pour les bains, non moins nombreux, on y avait l'embarras du choix, outre qu'elle offrait des allées de toute espèce, couvertes ou découvertes, les unes plus belles que les autres ^ pour la promenade; des sources et des fontaines, dans chaque maison et même en nombre supérieur à celui des maisons; des rues larges comme de vraies places et se coupant à angles droits, pavées de marbre et bordées d'arcades à un ou deux étages; il y avait en outre, dans celte ville, des établissements de tout genre, tant étrangers que nationaux, pour l'instruction et l'éducation, abondance de fondations de prix à donner au concours , de spectacles et d'autres moyens de réjouissance. Les produits de l'industrie humaine et de l'art y rivalisaient avec ceux de la terre et de la mer. On y jouissait,
1 C. /. G., 3202, 3304-6, inscriptions du troisième siècle. — Voir I
aussi déjà Strabon, qui l'appelle la plus belle de toutes; Aristide, Orat., XLI, p. 613 J, et Philostrate, Apollonius de Tyane, IV, 7, p. 67, éd. K.
3 Dion Cassius, LXXI, 32.