‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des Antonins (volume 2)Chapitre 218 sur 258 · LIVRE VU. — LES VOYAGES · texte numérisé non relu

LIVRE VU. — LES VOYAGES

eostumes et tous les types, en même temps qu'on y entendait parler tous les idiomes des peuples orientaux^ et où les marchandises et les produits des contrées les plus lointaines étaient emmagasinés et mis en ventée

On doit pouvoir évaluer à douze jours et plus la durée moyenne d'une bonne traversée de Pouzzoles à Alexandrie, s'il est vrai que la plus rapide connue n'avait, comme dit Pline l'Ancien^, duré que neuf jours. L'Egypte n'était donc alors, pour les Romains, guère plus proche que Test aujourd'hui, pour les Anglais, l'Amérique du Nord. Il est possible que la navigation prît ordinairement, en partant de la Sicile, sa direction sur Malte, la Crète et Chypre. L'île de Malte, à huit cents stades, c'est-à-dire moins d'une journée de marche de Syracuse ^^ avait de bons ports, de même que celles de Gaulos (Gozzo) et de Cereina (Kerkéni), et se trouvait dans une situation prospère. On se rappelle que l'apôtre saint Paul rencontra à Malte un bâtiment d'Alexandrie, en hivernage*. Le navire d'Alexandrie décrit par Lucien^ mit d'abord sept jours pour se rendre de ce port dans l'île de Chypre et fut, ensuite, tellement ballotté par la tempête qu*il ne parvint à gagner le Pirée que le soixante-dixième jour. Le voyage de Métîus Celer à Alexandrie, dont il est question dans les vers de StSce^, passe par la Crète. Le poète, après avoir parlé de la mer de Lucanie et des dangers du gouffre de Charybde , désirerait apprendre du voyageur :

i Suétone, Auguste, chap. xcxyiii.

2 Hist. nat., XIX, t.

3 Diodore, V, t2.

*• Actes des Apôtres^ 28, 11.

^ Denavig., 7, 10.

« Silves, lU, 2, 87.

424 MCEURS ROMAINES.

Quos tibi carrenti prœceps ferat Adria mores, ' Quaepax Garpathio,quali te sobvehat aura Doris Agenorei furtis blandita juvenci.

L'approche de la côte si dangereuse de TÉgypte était signalée, à la distance de trois cents stades (soit de cinquante à soixante kilomètres) déjà, par les feux du phare ^ qui éclairait encore les navigateurs an xii® siècle ^. Sa lumière brillait comme une étoile dans les ténèbres de la nuit^ jusqu'à ce que l'on vît, avec le point du jour, se dresser, audessus du miroir bleu de la mer, la ligne éblouissante de blancheur de sa haute tour, construite en marbre*, et que l'on pût, finalement, même distinguer les palmiers dans l'île de Pharos^.

Le Grec, le Romain, en mettant le pied sur la terre d'Egypte, pouvaient se croire transportés dans un nouveau

monde. Si, de tout temps, elle leur avait apparu comme un

pays unique dans son genre et complètement différent de

1 Josèphe, Bell. Jud.^ïV, 10, 5.

^ Un affranchi impérial est mentionné comme gardien du phare (d'après Mommsen, /. J{. N., 6846), dans l'inscription suivante : D. M. M. Aurelius Aug. lib. prsBpositus unctor. et proc. farî Alexandrise ad iEgyptum.

3 Pline, Hist. nat., XXXVI, 83 : Periculum in continuatione ignhim ne sidus existimetur, quoniam e longinquo similis flammarum adspectus est.

* Strabon, XVII, 1, p. 792.

^ Ovide, Am.y II, 13, 8 (palmiferamque Pharon).

Aujourd'hui, les seuls points d'orientation du côté de terre, desquels on puisse donner des signaux au loin, seraient, d'après Aitter, à l'ouest la tour des Arabes, puis, à l'approche d'Alexandrie, des groupes de dattiers et la colonne de Pompée.

On prétendait que l'eau de la mer, à l'embouchure du Nil, était potable, même à des endroits où il n'était pas encore possible d'apercevoir la terre. (Aristide, Orat., XL VIII, p. 334.)

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