‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des Antonins (volume 2)Chapitre 229 sur 258 · LIVRE VIK — LES VOYAGES · texte numérisé non relu

LIVRE VIK — LES VOYAGES

Sur la rive occidentale du Nil s'élevaient , au milieu d'une foule de débris épars, deux colosses établis sur leur séant, que Ton apercevait déjà à une distance de 4 lieues. Ils étaient taillés chacun d'un seul bloc de rocher, de 60 pieds de hauteur, tous les deux nus ou du moins sans autre vêtement qu'un pagne , jeunes de visage, le haut du corps droit, les bras baissés et le serrant de près, les mains posées sur les genoux. Depuis qu'un tremblement de terre, peut-être en l'an 27 avant J.-C, avait renversé la partie supérieure de l'un, de façon qu'il n'y eut plus que les jambes, avec les mains posées sur les genoux, attenantes au tronc , les visiteurs des ruines de Thèbes y observèrent un singulier phénomène. Quand, au lever du soleil, les deux colosses commençaient à projeter leurs grandes ombres sur le désert silencieux, celui des deux qui avait été brisé rendait un son faible, mais parfaitement intelligible. Strabon , qui le premier rapporte ce phénomène, parle d'un bruit comme celui qu'on entend en frappant un léger coup. D'autres comparaient ce son à celui d'une corde d'instrument qui saute, d'autres encore à celui d'un vase en cuivre sur lequel on frappe. Bien des gens trouvaient même qu'il avait quelque chose d'un accent de la voix humaine. On fut ainsi conduit à penser que la statue devait être celle de Memnon, qui, d'après une croyance longtemps trèsrépandue chez les Grecs, passait pour avoir fait construire ces palais, et que ce son c'était le salut du fils de l'Aurore à sa mère. Il n'est pas possible de déterminer exactement l'époque où la désignation de statue de Memnon commença

une description si claire du colosse de Memnon, quïi y a lieu de croire qu'elle s'appuie réellement sur le témoignage de personnes qui avaient tout vu sur les lieux. Peut-être provenait-elle de Julia Domna elle-même, qui fut en Egypte avec Septime Sévère. (Voir C, I. Gr., 5973.)

à être appliquée au colosse et à se faire accepter généralement; elle apparaît pour la première fois dans V Histoire naturelle de Pline TAnden, ouvrage dont la composition peut bien remonter jusqu'au temps de Néron ^ Depuis lors, le colosse eut un attrait nouveau pour les voyageurs grecs et romains. Beaucoup de personnages, voulant se distinguer du commun des gens qui faisaient le pèlerinage de Thèbes pour voir la statue, firent graver leurs noms, certains aussi la date de leur séjour, avec des remarques plus ou moins concises, voire même des poésies, assez généralement sur les jambes du colosse, couvertes de ces inscriptions presque jusqu'aux genoux. ,

Sur 72 inscriptions relevées, 35 sont datées, une du temps de Néron, la plupart des autres , soit plus exactement 27^ de celui d'Adrien. Les noms mêmes de ce prince et de sa femme, avec ceux de différentes personnes de sa suite, y rappellent une visite qu'il fit à la statue au mois de novembre de Tan 130^. On y trouve, en outre, les noms de 8 vicerois d'Egypte, de 2 épouses de vice-rois, de 3 commandants de la Thébaïde, de divers autres officiers, de 2 juges supérieurs, d'un prêtre de Sérapis d'Alexandrie, d'un poète homérique du Muséum de cette ville, etc. Les der-

1 Pline, H. JS,, XXXVI, 68 : Non absimilis iUi narratur in Thebis delubro Serapis, ut putant, Memnonis statuœ dicalus (scilicet lapis basanites), quem cotidiano solis ortu contactum radiis crepare tradunt. — On ne peut, évidemment , conclure du passage [précité des Annales de Tacite (II, 61) : Memnonis saxea effigies ) que le colosse portât le nom de Memnon dès lors (en Tan 19).

2 Letronne, p. 13. — Parmi les autres inscriptions datées, trois sont du temps de Vespasien, trois de celui de Domitien, une de celui de Trajan. Sur les vingt-sept du règne d'Adrien, dix sont antérieures à l'an 130. Une inscription d'Apion, du savant alexandrin de ce nom, sans doute, paraît même antérieure au règne de Néron.

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