LIVRE VII. — LES VOYAGES
nières inscriptions datées sont du temps de Septime Sévère. Ce prince fit probablement, lors de son séjour en Egypte del*an 200, restaurer le colosse, restauration qui a eu pour effet de le conserver jusqu'à nos jours ; mais, la pression des énormes masses de pierres superposées au fragment plus ancien , empêcha la vibration qui , autrefois, produisait ce son , avec la grande variation de température qu'amenait chaque matin le lever du soleil, de se reproduire. La statue deMemnon, devenue muette, tomba de plus en plus dans l'oubli.
Dans beaucoup d'inscriptions conservées, les voyageurs rendent hommage à Memnon, comme à un être surnaturel et divin, à la grâce duquel ils se recommandent. Souvent, ils le font en y comprenant des personnes chères à leur cœur, mais qui sont loin, qu'ils voudraient avoir auprès d'eux, ou auxquelles ils donnent un souvenir, sous une forme ou une autre. Tel est, généralement, aussi le caractère ordinaire des autres inscriptions qu'il reste à mentionner, en Egypte comme ailleurs. Elles portent en grande partie le cachet d'une vénération spéciale pour la divinité, tutélaire du pays ou du lieu, dans le temple de laquelle se trouvait, ou sous la haute protection de laquelle entendait se placer l'étranger, loin du foyer domestique et des siens ^.
Après le colosse de Memnon, ce que les Grecs et les Romains admiraient surtout, près de Thèbes, c'étaient les tombeaux des rois, dans la seconde chaîne libyenne à l'ouest de cette ville. Les Grecs appelaient syringes (tuyaux) ces tombeaux formés de chambres soutciraines, de ca-
1 Voir, par exemple, C, /., 4917, et Plutarque, Ue curios.^ c. xi, p. 520 D.
448 MCECRS ROMAINES.
veaux, de galeries et de salles, taillés dans le roc à de grandes profondeurs ^ Là aussi beaucoup d'inscriptions ^ au nombre de plus de cent, ont été trouvées par des voyageurs. Elles sont légèrement gravées dans le roc à la lueur des torches, ou peintes en rouge, et pour la plupart de la période romaine ; les dates de celles qui en ont se rapportent aux temps écoulés depuis le règne de Trajan jusqu'à celui de Constantin ; aucune ne remonte plus haut que l'époque des Ptolémées^. Deux, portant les noms d'Aurèle Antonin et de Lucius Aurèle, dans les syringes, sont attribuées par Letronne' aux empereurs Marc Aurèle* et Lucius Vérus, qui paraissent avoir visité l'Egypte l'un et l'autre, le second probablemeut en 162'. Les autres aussi ne comprennent , pour la plupart , que des noms et des dates , ou quelque courte phrase admiralive. « Qui n'a point vu ce monument n'a rien vu , » porte une inscription grecque , sur le tombeau du neuvième Rhamsès; « heureux ceux qui ont vu ce monument*. »
On trouve de pareilles inscriptions de voyageurs, gravées sur des temples , des obélisques, des pylônes (portails) , etc. , dans la plupart des stations échelonnées le long des deux rives du Nil, et cela non-seulement jusqu'à Philé et Syène, lieux marquant la frontière de TËgypte, mais jusqu'au « mûrier sacré » , point extrême de l'empire romain au sud , sur les confins de l'Ethiopie^. Peu d'entre elles offrent un intérêt
1 Voyez Héliodore, Éikiopïques, IX, 22.
2 Letronne, la Statue vocale de Memnon, p. 242, etc.
3 Recueil des inscripiiom, II, p. 310.
^ Dion Cassius, LXXI, 28.
9 Voir C /., 4775 et 4780, ainsi que les Addenda. « CI. G., III, App.,4821 c.
7 C. I. G., III, 4832, etc. (à Latopolis)^ 4838 c. (à Apollinopolis, aujourd'hui Edfou), 4845-58 (à Silsilis), 4900-4947 (à Philé), 4951, etc.