‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des Antonins (volume 2)Chapitre 23 sur 258 · LIVRE VI. — LES SPECTACLES · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — LES SPECTACLES

conseillaient les gens simples, répondaient à leurs questions et calculaient pour eux avec de petits cailloux, sur des tables, les chances de l'avenir^; des filles de mauvaise vie, dont il y avait là toujours foule, et parmi elles beaucoup de Syriennes et d'autres Orientales, dans les costumes de leur pays^, y exécutaient leurs danses lascives, au son du tambourin, des cymbales et des castagnettes.

Deliciae populi, magno notissima circo,

Quintia, vibra tas docla movere nates, Cymbala cum crotalis, pruriginis arma, Priapo

Ponit et adducta tympana puisa manu^.

Les spectacles du cirque avaient, comme tous les autres spectacles, singulièrement gagné, dans le cours des siècles, sous le rapport de la longueur, de la variété et des magnificences de la mise en scène. Au cirque, les principaux furent de tout temps les courses de chars. En outre de celles-ci, il s'y tenait des courses entre cavaliers, qui, à l'imitation d'un ancien exercice romain, passaient en voltigeant, pendant la course même, de leur cheval sur un autre. C'est probablement aux jeux du cirque aussi que Ton voyait ces autres tours de force et d'adresse, dont il est souvent fait mention, d'écuyers couchés ou debout sur leurs chevaux, pendant la course, ou sautant par-dessus des qua-

^ Plebeium in circo positum est et in aggere fatum,

dit JuYénal, VI, 588.

■^ Ad circum jussas prostare puellas,

dit Juvénal, Ul, 65. — Hist. Aug. Vie d' HéUogabale , chap. xxvi : Omnes de circo, de theatro, de stadio et omnibus locis et balneis meretrices.

3 Priap. 26. (Anthologie latine^ éd. Meyer, 1642.) — Dans les hip* podromes grecs les choses se passaient de même, mais avec moins d'indécence, comme il appert d'un passage de Dion Chrysoslome [Or.t XX, p. 264, M).

driges. Des boxeurs, des coureurs et des lutteurs s'y produisaient également, dans les premiers temps et même plus tard encore, à Tépoque où déjà ces luttes avaient lieu d'ordinaire dans les stades, construits ad hoc. Ainsi, par exemple, il y eut, en Tan 44 de notre ère, un combat d'athlètes au cirque. C'est là que, du temps de la république, de jeunes citoyens organisaient des combats simulés et d'autres spectacles militaires, dans lesquels ils paraissaient en armure complète. Sous l'empire, la mise en scène des représentations de ce genre fut plus souvent opérée par des détachements de troupes, tant d'infanterie que de cavalerie. D'autres spectacles encore étaient donnés, au cirque, par l'ordre équestre, qui paraissait dans ces occasions, réparti entre les six escadrons {turmœ) dont il était composé, sous la conduite d'autant de chefs, ayant à leur tête le prince de la jeunesse, lequel, ordinairement, n'étaitautre que l'héritier du trône, on n'en saurait douter, dans sa plus riche tenue de fête. De même, les jeunes fils des familles nobles se montraient publiquement comme acteurs, au cirque, dans le jeu dit de Troie, qu'Auguste remit en honneur, avec d'autres vieilles coutumes tombées en désuétude, et qui fut repris plusieurs fois sous les empereurs de la famille de César, dont on connaît la prétention de descendre d'Énée. Des jouvenceaux, de famille sénatoriale principalement, auxquels venaient se joindre aussi les princes de la maison impériale, y exécutaient des manœuvres d'équitation, couverts d'armes étincelantes et rangés suivant leur âge , par détachements, comprenant les uns les jeunes garçons, jusqu'à onze ans probablement, les autres les adolescents jusque vers dix-sept. Les combats d'animaux et de gladiateurs mêmes, qui, depuis le commencement de l'empire, avaieut lieu ordinairement dans Tarène de l'amphithéâtre, étaient aussi

quelquefois donnés au cirque, surtout les représentations à grand spectacle.

Des jeux du cirque proprement dits, dont nous venons de faire mention, aucun, quel qu'en fût d'ailleurs Téclat emprunté à la qualité des personnes qui y paraissaient, ou la magnificence d'aspect, n'eut jamais, il s'en faut de beaucoup , une vogue comparable à celle des fameuses courses de chars. L'amour de ce spectacle, qui exerçait une fascination si extraordinaire sur les masses, ne dérivait pas, comme autrefois dans les jeux sacrés des Grecs, de l'intérêt que l'on portait aux personnes qui se disputaient le prix de la course, ni, comme dans nos courses modernes, de celui qu'on prenait aux chevaux en lice, mais particulièrement de la circonstance que l'on prenait fait et cause, dans un sens ou dans un autre, pour ce qu'on appelait alors les factions, auxquelles chevaux et conducteurs appartenaient. A mesure que la passion pour l'hippodrome grandit et se répandit, l'intérêt pour ces derniers en particulier dut naturellement aussi croître, et, bien qu'il ne se manifestât, dans l'origine, qu'à l'occasion des chevaux, ne pas tardera prendre un caractère de sympathie personnel et direct.

Dans l'ancien temps, les citoyens avaient tantôt participé ^ aux courses de chars avec leurs attelages et leurs esclaves seulement, tantôt même conduit en personne leurs chars dans l'hippodrome, la couronne que l'on y gagnait étant réputée assez honorable pour qu'on la déposât sur le cercueil des vainqueurs, après leur mortMMais, plus lard, l'opinion imprima également une tache, pour le citoyen, à celte manière de prostituer sa personne, pour l'amusement du

* Pline, Hisi. nat., XXI, 7 : Inde illa XU tabularum lex : qui coronam parit ipse pecuniave ejus, virtutis suœ ergo duitor ei. — Cassiodore, Var.^ III, 51.

public. Le conducteur de chars ne passa pourtant jamais pour infâme comme l'acteur de la scène et le gladiateur; mais, ce métier difficile et périlleux était tombé dans le domaine des gens de peu, des affranchis et des esclaves, qui arrivaient quelquefois à gagner la liberté par leurs victoires. La loi mit cependant une digue à ses affranchissements, en disposant que les esclaves dont le peuple aurait exigé l'émancipation de l'ordonnateur des jeux, ne seraient pas libres pour ce fait^ D'ordinaire, les récompenses consistaient soit en palmes et en couronnes, soit en prix d'une somme d'argent, ou bien, suivant une habitude des temps postérieurs , en habits riches et somptueux. Par la libéralité des donateurs de fêtes et la concurrence des partis , dont chacun cherchait à s'attacher les virtuoses du genre, les conducteurs arrivaient assez souvent à faire des fortunes considérables. Le cocher Scorpus, qui acquit une grande célébrité sous Domitien, gagna une fois, pour prix de ses victoires, dans l'espace d'une seule heure, au rapport de Martial-, quinze bourses remplies d'or, et le revenu d'un autre conducteur de chars, du parti des rouges, égalait, d'après l'estimation de JuvénaF, ceux de cent avoués. Quelquefois aussi, les cochers avaient les moyens de prendre euxmêmes un intérêt dans la direction des partis. Plus tard, leurs revenus augmentèrent encore dans une forte mesure, et, au quatrième siècle, on se plaignait des prodigalités du temps, qui faisaient tomber dans leurs mains, à titre de récompenses, des domaines entiers ^

1 Digeste, XL, 9, 17.

3 Dans la satire VU, vers 112, il dit :

Si libet, hinc centum patrimonia causidicorum , Parte alia solum russati pone lacernae.

* Libanius, édition Reiske, H, 190, 12.

Page 1