‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des Antonins (volume 2)Chapitre 24 sur 258 · LIVRE VI. — LES SPECTACLES · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — LES SPECTACLES

Les conducteurs de chars n'étaient pas, d'ailleurs, inféodés à une faction, mais changeaient souvent de parti ^ Aussi, le cocher Scirlus fit-il preuve de constance en passant douze années (de 766 à 778 de Rome) au service des Lianes^. Comme nous Pavons dit, les héros de l'hippodrome attiraient l'attention et excitaient l'intérêt du public pour leur personne même au plus haut degré. Des acclamations et des vœux pour leur succès, les accueillaient elles accompagnaient dans la lice, et, bien que l'on ait tout lieu de croire que là, comme au théâtre, ces applaudissements étaient parfois achetés^ par des suborneurs intéressés, les conducteurs de chars en renom ne manquaient jamais d'un grand nombre de partisans et d'amis franchement dévoués, qui les suivaient partout où Us se montraient en public*. Martial a chanté, dans deux poésies^, Scorpus, « la gloire du cirque en émoi, les délices de Rome et l'objet de ses applaudissements, » après que la mort l'eut prématurément enlevé, à l'âge de vingt-sept ans; or les oisifs habitués du portique de Quirinus ne commencèrent à s'occuper des dernières épigrammes du poêle, de l'aveu de celui-ci même, qu'après qu'ils en eurent assez des conversations et des paris engagés au sujet du fameux Scorpus et du coursier Incitatus^. L'étranger, visitant Rome

^ Voir, entre autres inscriitions, Henzen, G 197.

2 Ibid., 7419,

^ Les seuLs témoignages positifs du fait ne datent pourtant que des dernières époques de Tempire. Saint Jérôme, le premier, dit {Lettres, 83) : Favorem populi in aurigarum morem pretio redimere. — Voir aussi Symmaque, Lettres, VI, 42.

* Pline, ffist, nat., XXIX, 5, dit : Nullus histrionum equorumque trigarii comitalior egressus.

5 X, 50 et 53.

6 ïbid., XI, 1.

vers le milieu du deuxième siècle de notre ère, était frappé de la multitude de statues représentant les cochers du cirque, dans leur costume original *, et, encore aujourd'hui, nombre de monuments de tout genre montrent que tous les arts se réunissaient pour éterniser le souvenir de leur gloire et de leurs victoires. L'intérêt qu'ils inspiraient, jusque dans les régions les plus élevées de la société, ne tenait pas seulement à la participation des hautes classes au mouvement des factions, mais aussi au goût passionné de ces classes principalement pour l'art de conduire les voitures, passion que des censeurs indulgents pardonnaient d'ailleurs volonti(îrs à la jeunesse. Des jeunes gens de la plus haute noblesse non-seulement guidaient leurs chevaux eux-mêmes sur les grandes routes, mais ne dédaignaient pas d'enrayer de leurs propres mains, ni de verser de l'orge dans les mangeoires, et tous juraient, à l'envi des cochers et des muletiers, par Épone, la déesse des chevaux^. Vi' tellius, qu'on avait vu souvent, dans sa jeunesse, étriller les chevaux dans les écuries du parti des bleus ^, gagna la faveur de Caligula et de Néron, par son application fervente à l'art de conduire les voitures^, art que le premier de ces deux princes cultivait en amateur et dans

1 Lucien, Nigrin, 29.

2 Juvénal, vni, 146, etc. S'il ajoute, au vers 163, « fecimus et nos hoc juvenes », c'est assez dire que ce qui, de la part du consul Latéran, était inconvenant, on le trouvait très-excusable chez des jeunes gens. — Suétone {Néron, chap. iv) dit de Domitius, père de cet empereur, qu'il était « aurigandi arle in adolescentia clarus ». — La sévérité du jugement porté par Tacite {Annales XIV, 14) sur ces goûts de Néron [fœdum sludium) s'explique quand on songe au constraste qu'ils forment avec les devoirs d'une aussi haute position.

3 Dion Cassius, LXV, 5.

* Suétone, VilelUus, chap. iv.

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