LIVRE VI. — LES VOYAGES. 4Si
spectacle, remontaient avec leurs barques la rive occitaie, jusqu'au-dessus du banc de récifs, et se laissaient ensuite lancer par la cataracte au bas de celui-ci, ce qu'ils
réussissaient à faire impunément^ Le rhéteur Aristide obtint, sur demande, du commandant de la garnison romaine à Syène, une escorte militaire, chargée de contraindre au besoin les mariniers à reprendre cette course, dont il voulut partager le danger avec eux^. Quant aux grandes cataractes du Nil, en Étliiopie, il paraît qu'elles ne furent que rarement abordées par les voyageurs du temps, et que les points plus éloignés des rives du fleuve, à l'ouest comme à l'est, n'étaient aussi que très-rarement visités dans un but de simple curiosité. Ainsi le même Aristide parcourut l'Egypte quatre fois, dans toute son étendue, sans qu'il vît les fameuses carrières de porphyre dites du mont Claudien (Mons Claudianus), exploitées depuis le règne de Claude, sur la mer Rouge, où des centaines de condamnés, livrés, au milieu des horreurs d'un désert aride et sans eau, à toute l'ardeur d'un soleil brûlant, étaient occupés à travailler cette pierre si dure, dont on faisait des colonnes et d'autres ornements pour les palais de Rome^. Un détachement de troupes, de SOO hommes pour le moins, y était chargé du maintien de Tordre et de la police^.
1 Strabon, L c, p. 817, etc.
« Aristide, l. c, p. 343, etc.
8 Ihid., p. 349.
^ Voir, à ce sujet, une dissertation très-intéressante de Letronne, dans les Recherches pour servir à l'histoire de VÉgypte, Le point central du ressort d'exploitation de ces carrières a été retrouvé, en 1823, par Burton et Sir H. Wilkinson, dans la chaîne de Djebel-Dochan ou des montagnes de la Fumée, sous 27o 20' de lat. N.