‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des Antonins (volume 2)Chapitre 238 sur 258 · LIVRE VII. — LES VOYAGES · texte numérisé non relu

LIVRE VII. — LES VOYAGES

Grèce, il ne manquait pas de périégèles, même dans les petites villes. Pausanias en mentionne dans beaucoup de localités*. Ordinairement c'étaient des prêtres et des serviteurs attachés aux temples qui remplissaient cet office^ . Il n'y avait probablement de guides de profession, attitrés, que dans les localités les plus importantes et les plus fréquentées'. Parmi eux, figuraient quelquefois des gens instruits, ayant eux-mêmes écrit sur les antiquités de leur ville ^; mais la plupart, comme de raison, avaient fait de leur état un métier. Quoique les voyageurs fussent souvent bien aises de se laisser conduire par eux'^, ils pouvaient aussi devenir pour des hommes instruits, dans des endroits comme Athènes et Olympie surtout, un véritable tourment®, une fois qu'ils se mettaient à rabâcher leurs explications , apprises par cœur, et leurs historiettes , inventées pour flatter le goût de la multitude. < Si l'on pouvait, » dit Lucien ^, « bannir de la Grèce les mythes et les légendes, les guides y mourraient nécessairement de faim^ car les étrangers ne se soucient pas d'entendre la vérité, même gratis. » Dans l'un des petits écrits de Plutarque®, il est

1 Voir Prelier, Polemon. fr., p. 160 et 161, et Lobeck, Aglaoph., p. 29 à 31. — Une inscription du C. /. G., 1227, parie d'un périégète, médecin en chef à Hermione.

3 Lobeck, L c. — Pline, dans son Histoire naturelle (XXXYI, 32), dit, par exemple : Hécate Ëphesi in templo Dianœ post œdem, in cujus contemplatione admonent aeditui parcere oculis, tanta marmoris radiatio est.

3 Prelier, /. c, p. 162.

* Ibid., p. 168.

6 Sénèque, Consol. ad Marc, c. xxv, 2 : Ulque ignolarum urbium monstrator hospiti gratus est, etc.

« Et me Jupiter Oiympiae, Minerva Athenis suis «.mystagogis vind!cassent. (Oehler, Varroms sat. Menipp.)

7 Philopseud., § 4.

s De Pythix oractUis.

rendu compte de la visite faite au temple de Delphes par une société, venue pour en voir les curiosités. Or elle eut beau supplier les guides de lui épargner leurs explications sur les objets qu*il avait été convenu d'aller voir; ils insistaient même pour lire toutes les inscriptions, et cependant la moindre question qui leur fût adressée incidemment, ou dans un ordre différent de celui auquel ils étaient habitués, les jetait dans une confusion qui les faisait rester court.

En Grèce et en Asie Mineure, les guides entretenaient les voyageurs presque exclusivement de souvenirs des temps héroïques, pour lesquels l'intérêt était là plus vif que partout ailleurs \ et qui, comme nous l'avons déjà dit, étaient plus familiers que ceux des temps historiques à beaucoup de gens lettrés. L*ouvrage de Pomponius Mêla, De situ orbis terrarurriy montre d'ailleurs, entre autres exemples, combien il y avait de cette préférence chez les Romains aussi. Les réminiscences mythologiques figurent, en effet, dans ses descriptions de lieux et de pays, en bien plus grand nombre que les souvenirs historiques. Même en Orient, les mythes grecs se maintenaient avec une remarquable persistance, là où ils s'étaient localisés. Ainsi, par exemple, la dérivation du nom de la ville de Canope de celui du pilote de Ménélas, citée même par Tacite, dans sa courte relation de voyage*, puis rectifiée par Aristide', est encore reproduite par Ammien Marcellin*. « Partout, » dit Aristide», « on n'entendait par-

^ Tacite, Hist., H, 4 : Titus spectata opulentia donisque regum , qusBque aiia iœtum antiquitatibus Grœcorum genus incertde yetustati afiingit. 2 Annales, If, 60.

' Oral., XLVIII, p. 360 J.

* XXn, 16.

^ Orat., XLin, p. 639.

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