LIVRE VII. — LES VOYAGES
1er que de ce qui avait été jadis. » Ce qu'où allait voir, c'étaient ou les restes d'un trophée, un monument, une source; ou bien le guide se bornait à diriger l'attention sur quelques traces presque imperceptibles de ce qui passait pour avoir été la chambre d'Hélène, celle d'Harmonia, femme de Cadmus, celle de Léda, ou quelque chose d'analogue. C'est de tel lemple de la déesse des Amours, à Trézène, que Phèdre regardait Hippolyte exerçant, tout près de là, ses chevaux à la course, dans l'hippodrome. Il y avait là un myrte à feuilles criblées de trous, que l'infortunée, dans son délire amoureux, avait percées d'une épingle de ses cheveux ^ .
Sur cette pierre, dans le port de Salamine, était assis jadis le vieux Télamon, quand il suivit des yeux le navire qui emportait ses fils vers l'Àulide^. Dans l'Àulide même, on montrait une source , à côté de la place autrefois occupée par le platane sur lequel un serpent dévora le moineau avec ses neuf petits, sous les yeux de l'armée réunie des Grecs; on y conservait encore un morceau du bois de cet arbre'. A telle autre place, Cadmus avait semé les dents de dragon desquelles poussèrent des hommes armés de pied en cap *.
Il serait superflu de multiplier ces exemples. Dans cette contrée si riche en traditions , le voyageur pouvait à peine faire un pas sans aborder le théâtre de quelque événement mémorable, et il n'y avait pas une pierre qui n'eût un nom. Naturellement, les souvenirs historiques de date plus récente n'y manquaient pas non plus. On visitait les tom-
1 Pausanias, II, 32.
2 Ibid.y I, 35.
» Ibid.y IX, 19, 5.
4 Ibid,, IX, 10, I.
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beaux des hommes célèbres, sur lesquels on offrait souvent des sacrifices, comme le fit Germanicus\ les champs de bataille et les emplacements des camps fameux dans les guerres du passé, notamment dans celle des Perses^. « Nous eûmes, » écrit Arrien ^ à l'empereur Adrien, « le plaisir d'apercevoir le Pont-Euxin de la place même où il fut aperçu par Xénophon et par vous. » Il y trouva des autels en pierre grossièrement taillée, avec des inscriptions mal écrites et sans orthographe, qu'il remplaça par des autels en marbre et des inscriptions meilleures. Il paraît que l'on poursuivait, en Grèce et en Orient, avec une prédilection marquée, les souvenirs d'Alexandre le Grand, de ses expéditions et de ses exploits. Au temps de Plutarque encore, on montrait, sur les bords du Céphise , un vieux chêne à l'ombre duquel avait été dressée sa lente à la bataille de Chéronée, non loin du monument de la fosse commune des Macédoniens qui y avaient péri^. Quand le roi Milhridate entra en Phrygie, il jugea d*un bon augure de passer la nuit dans l'auberge même où était jadis descendu Alexandre^. Aux environs de Tyr, on montrait une source près de laquelle
1 Sicubî clarorum Tirorum sepulcra cogaosceret, inferias Manibus dabat. (Suétone, Caligula, chap. m.) — Voir dans l'Anthologie latine de Meyer, 117, une épigramme adressée aux mânes d'Hector et attribuée à Germanicus. De même M. Acilius fit l'ascension du mont Œta, et y offrit un sacrifice, à l'endroit nommé Pyra, où Hercule s'était brûlé /Tite-Live, XXXVI, 30); Caracalla en offrit un au tombeau d'AchiUe (Dion Gassius, LXXVII, 16; Hérodien, IV, 8, et Philostrate, Apollonius de Tyane, IV, 11, p. 68, éd. K.); Adrien, au tombeau de Pompée (Dion Cassius, LXI^ 11; Appien, B. C, W, 86 (90); voir aussi Anthol. Pal. y t. II, p. 286; Lucain, VIII, 835, etc., et Drumann, R, G., III, 525).
2 Artémidore, Onirocr., IV, 47, p. 288. ^ Periplus ad Hadrianum, I, 1.
*' Plutarque, Alexandre^ chap. ix, 2.
^ Appien, BelL Mithridat., c. xx.