LIVRE Vil. — LES VOYAGES
Alexandre avait rêvé de la capture d'un satyre , présage que les interprètes de songes rapportèrent à la prise de Tyr * . Près de Minnagara , port situé à Tesl de rembouchure de rindus, le négociant grec qui y aborda, pendant son voyage dans rinde, visita les endroits où des chapelles, des autels, des fondations de camps et des puits profonds témoignaient, comme autant de souvenirs, du séjour qu'y avait fait l'armée macédonienne^. Il n'est guère probable que les empereurs romains, venant à Alexandrie, manquassent jamais d'y visiter le caveau, fermé sans doute pour le commun des voyageurs, où le corps d'Alexandre reposait dans un cercueil en verre'. Il fut ainâ visité par César*, par Auguste', par Septime Sévère*, qui en ordonna la fermeture, et par Caracalla ^, qui se le fit rouvrir. Caligula avait fait retirer de ce caveau Parmure d'Alexandre®; cependant, au moyen âge encore, les Hahométans continuèrent à révérer, dans cette ville, un prétendu tombeau du héros macédonien^. « De même, » dit Pline le Jeune, en retraçant les exploits militaires de Trajan dans les pays lointains ^^, « de même qu'on vous y a montré les vestiges sacrés des grands capitaines, le jour viendra où nos descendants demanderont à voir et signaleront à leurs enfants , comme non moins dignes d'être vus , le champ de bataille trempé de vos sueurs,
1 Piutarque, Alexandre, chap. xxt.
2 Hudson, Geogr. min. : Periplus maris Erythrasi, I, p. 24.
3 Strabon, XVII, p. 794.
^ LucaiQ, X, 19.
^ DionCassius, LI, 16; Suétone, Augusêe, chsi^. xvni. e Dion Cassius, LXXVU, 13.
7 Hérodien, IV, 8.
s Suétone, Caligula, chap. lu.
^ Léon rAfricain, Descr, delV Africa^ p. vm, dans Ramusio, Délie navigazioni e viaggi, Venise, 1563, p. 82. ^^ Panégyrique, ciiap. xv.
les arbres sous lesquels vous vous êtes reposé, les rochers qui protégeaient votre sommeil, les maisons qui vous ont donné Thospitalité. » Ammien Marcellin témoigne de l'accomplissement de cette prophétie, dans sa relation de la marche de Julien à travers la plaine de TEuphrate, en rapportant que Ton montrait, dans la ville d'Ozogardane, la tribune du haut de laquelle Trajan avait harangué son armée ^ Les souvenirs de l'histoire romaine étaient les seuls qu'eussent à offrir l'Italie et les provinces occidentales, à défaut de presque toute autre trace d'un âge mythologique dans ces provinces; aussi les y recherchait- on, sans doute ^ avec beaucoup de zèle.
On montrait, près de Laurente, un endroit appelé Troie, jadis le camp d'Énée^; près deLiterne, des oliviers plantés par Scipion l'Ancien^; à Baies, des bijoux et un mantelet que Tibère, enfant, avait reçus en cadeau de la sœur de Sextus Pompée * ; au fond de la source d'Aponus , près de Padoue , des dés qu'il y avait jetés ^ ; à Capri , la place de laquelle il faisait précipiter les victimes de sa cruauté dans la mer, après de longues tortures®; àTibur, la maison d'Horace^; à Rome, et dans d'autres Ueux encore, celles où plusieurs empereurs avaient vu le jour ^.
1 Ammien, XXIV, 2, 3.
^ Âppien, i{om. hist., fragm. I, 1.
3 Pline, Hist. nat., XVI, 234 : Ilem myrtus eodem loco conspicuae magnitudinis; subest specus, in quo mânes ejus custodire draco dicitur. — Voir aussi, dans Sénèque {Lettres, 87), la relation de sa visite à la villa de Scipion et la description de celle-ci.
* Suétone, Tibère, chap. vi.
6 Ihid., chap. xiv.
^ Ihid., chap. Lxn.
7 Suétone, Vie d'Horace.
^ Voir sur le prétendu lieu de naissance d'Auguste, que des apparitions de spectres empêchaient toutefois de visiter, Suétone, Auçyste,