LIVRE VI. — LES SPECTACLES
mentionne aussi les chevaux de Mysie comme supérieurs à ceux de Thessalie. Au troisième siècle et au quatrième , c'était au contraire les chevaux de la Cappadoce^ et de l'Espagne qui tenaient le premier rang. A cette époque, Antioche, l'opulente capitale de la Syrie, avec son cirque , dont les jeux étaient célèbres entre tous ^ , ne reculait ni devant les difficultés, ni devant les frais qu'entraînait Ténormité de la distance, pour faire courir, dans son hippodrome, les nobles animaux nourris sur les bords du Tage et du Guadalquivir^. Elle avait cependant à proximité les haras de la Cappadoce; mais, peut-être ceux-ci étaient-ils alors exclusivement impériaux. L'âge voulu pour faire courir les chevaux dans l'hippodrome était de trois ans-*, suivant d'autres, de cinq^ Il va sans dire que le prix de ces animaux était souvent très-élevé*, et que l'on apportait grand soin à la reproduction, pour laquelle on recherchait notamment des coursiers ayant déjà remporté des victoires"^. Amateurs et connaisseurs étaient au courant des noms, de l'origine et de la souche, de l'âge, des états de service
ï Itiner. Hierosol., éd. Pinder et Parthey, p. 273. -— Code Théod,, XV, ut. X, 1 : Unde veniunt equi curules.
2 Vescriptio Orhis, dans Mai, Cl. auct.y Ur, 396, oti l'on trouve ce passage : Habes ergo Antiochiam in ludis circcnsibus eminentem; similiter et Laodiciam et Tyrum et Berytuiu et Cœsaream. Et Laodicia mittit aliis civitatibus agitatores optimos, etc.
3 Syiumaque, Lettres, IV, 62.
* Golumelle, VI, 29, 4, dit : Certaminibus autem expleto triennio (recte domatur eqaus).
5 Pline, Hist, nat., VIII, 42, 162.
^ Végèce, R. Vet. praef., 10 : Quum mancipia sfepe vilioribus pretiis <{uam equi vendantur aut muli.
^ Columelle, III, 9, 5 : Sacroram certaminum studiosi pernicissimarum qaadrigarum semina diligent! observatione custodiant et spem futurarum yictoriarum concipiant, propagata sobole generosi armenti.
et des exploits des plus fameux chevaux du cirque; ils en savaient les généalogies par cœur et avaient mainte anecdote à raconter sur TinteUigence de ces animaux et la méthode appliquée à leur dressage. Ainsi, par exemple, il arriva, suivant Pline \ aux jeux séculaires donnés par l'empereur Claude, qu'un conducteur de char du parti des blancs ayant fait une chute, dès le commencement de la course, ses chevaux prirent la tête et s'y maintinrent, malgré tous les efforts des autres compétiteurs, firent spontanément tout ce qu'ils auraient pu faire sous la direction du guide le plus expérimenté, remportèrent la victoire et s'arrêtèrent d'eux-mêmes au but. Aux courses des quadriges, les plus fréquentes de toutes, le meilleur cheval était toujours employé comme cheval de main de gauche; comme il fallait une grande agiUté pour tourner la borne, la victoire dépendait surtout de la vitesse et du bon dressage de ce cheval , sur lequel se portait , en conséquence, presque toute l'attention des spectateurs^.
Les noms des chevaux de l'espèce étaient dans toutes les bouches; on les acclamait hautement dans l'hippodrome, de même que les cochers^; la foule, au cirque, savait très-exactement si le cheval en lice était Passerinus ou Tigris, et Martial, malgré toute la vogue qui finit par s'attacher à ses poésies, n'avait pas, à Rome, plus de notoriété que le coursier Andrémon. Il existe encore des monuments avec la figure de ce cheval et celles d'autres coursiers fameux. Souvent la passion pour les chevaux de
^ Hist. nat., VIIï^ 160.
-^ Digeste, XXXI, 65, 1 : QuadrigaB legatum equo postea morluo perire quidem ita credunt, si equus ille decessit, qal demonstrabat quadrigam.
3 DioB Cassius, LXXIII, 4.