LIVRE VI. — LES SPECTACLES
race dégénérait en véritable manie. On prétend que Caligula s'était mis en tête da nommer consul l'étalon Incitatus. La veille du jour où il devait courir, on donnait aux soldats la consigne d'empêcher que Ton ne fît aucun bruit dans le voisinage, pour que son repos ne fût point troublé. Épiclète* raconte qu'un spectateur, ayant vu son cheval favori distancé dans la lice, s'enveloppa de son manteau et s'évanouit. Le cheval ayant repris la tête contre toute attente, il fallut asperger d'eau cet homme impressionnable pour lui faire recouvrer ses sens. Néron pensionna des chevaux de course émérites, réformés par suite de leur grand âge. On rapporte des faits semblables de Lucius Vérus et de Commode.
Les donateurs des fêtes n'étant qu'exceptionnellement en étal de suffire aux besoins des jeux du cirque avec leurs gens et leurs propres chevaux, des associations de capitalistes et de grands propriétaires d'esclaves et de haras se chargeaient de la fourniture et de l'équipement des uns et des autres. Comme il y avait ordinairement quatre chars se disputant le prix de la course, il se forma aussi quatre sociétés pareilles, dont chacune fournissait respectivement un char pour chaque course, et, depuis que chars et conducteurs prirent des couleurs diverses pour signes distinctifs, elles adoptèrent chacune sa couleur, pour se distinguer également entre elles, d'où on les appela "partis ou factions. A la tête de chacune il y avait un ou plusieurs directeurs, appartenant d'ordinaire à l'ordre équestre, comme en général tous les chefs des grandes entreprises et compagnies, à Rome. Cependant, on Ta déjà fait remarquer, jnême de simples
1 DisSf. 1,11, 27.
:5g MŒDRS ROMAINES.
cochers s'élevèrent à des positions pareilles. Les ordonnateurs des jeux étaient obligés de s'entendre sur la fourniture des chevaux, des voitures et des hommes avec ces sociétés, dont les prétentions variaient naturellement, selon les circonstances. Après que Néron eul, dès le début de son règne, tellement amplifié les jeux du cirque, qu'ils remplirent des journées entières, les directeurs des partis ne voulurent plus consentir au louage de leur personnel pour des jeux d'une durée moindre, et se mirent à traiter avec la dernière arrogance les propositions des consuls et des préteurs. En Fan 54, le préteur Aulus Fabricius, n'ayant pas voulu se rendre à leurs exigences déraisonnables, fit paraître en lice des chars attelés de chiens dressés, au lieu de chevaux. Cette démonstration amena bien le parti des rouges et celui des blancs à céder, mais les bleus et les verts se rendirent seulement lorsque Néron eut fixé les prix lui-même. On raconte de Commode que, s'il avait tant multiplié les jeux du cirque, c'était pour enrichir les directeurs des partis. Il n'était probablement pas rare que les partis reçussent, de ce côté, des subventions et des dons. Ainsi le premier Gordien, n'étant encore que simple particulier, leur distribua cent chevaux de Cappadoce et autant de Sicile, pour l'acceptation desquels il fallut une permission de l'empereur, et Symmaque leur fit présent, à chacun, de cinq esclaves, à l'occasion dcvs jeux donnés pour la questure de son fils. On ne mentionne qu'un seul exemple de spectacles donnés, en l'an 6 de notre ère, par les directeurs des partis à leurs propres frais, et, comme il parait, de concert avec des pantomimes; cependant, ce fait peut s'être renouvelé souvent, comme tendent à le faire penser plusieurs mentions posté-