LIVRE VI. — LES SPECTACLES
y était jaloux de ne rester» pour quoi que ce fût, en arrière des Corinthiens * •
Ils avaient pénétré du temps de Dion Chrysostome ^ , qui vécut sous Nerva et Trajan. Mais, si Philostrate fait adresser aux Athéniens par Apollonius de Tyane, sous Néron déjà^ une lettre de réprimande au sujet des jeux de gladiateurs donnés chez eux^, il anticipe et commet un anachronisme, ou plutôt il invente pour le besoin de son roman biographique. Un fait certain, c'est que, sous le règne de Trajan, ces spectacles n'étaient plus rares en Grèce, \ bien qu'il y eût quelques localités, comme Rhodes par
t exemple, qui les repoussaient encore. Plutarque* recom-
mande aux hommes aspirant à la direction des affaires publiques, dans leurs communes, d'en bannir les combats \ de gladiateurs, ou, s'ils voyaient l'impossibilité d'arriver
à une suppression complète, de les restreindre du moins et de tenir tète à la masse demandant ces spectacles. Mais ses lamentations sur la trivialité des riches qui ne reculaient pas^ dans le choix des moyens vils, devant cette ignoble complaisance même, pour se faire une position plus influente dans leur ville, et corrompaient ainsi le peuple, montrent bien qu'il désespérait lui-même de voir fructifier ses conseils^. Toujours ce ne fut, en Grèce, que la lie du peuple qui prit goût à ces réjouissances barbares. Quant aux gens bien élevés, ils y étaient, comme il paraît, unanimes pour les condamner. De même que Plu-
1 Lucien, Démonax, 57.
- Orat.y XXXI, éd. Dindorf, p. 386.
» Apollonius de Tyane, IV, 21.
* Prœc, ger. rep., c. xxx, 4.
"-> Ibid.y c. V, 14, et xxix, 1 ; De cupid divit., c. v.
tarque*, Dion Chrysostome, Lucien^ et d'autres parlent avec horreur des jeux de la gladiature, qu'ils appellent une coutume brutale , bestiale , meurtrière et non moins détestable en ce qu'elle enlève au pays ses hommes les plus vaillants. On rapporte que le philosophe Démonax, à l'époque même où les Athéniens crurent devoir adopter aussi ce spectacle, leur dit de commencer plutôt par renverser l'autel qu'ils avaient élevé à la Pitié ^.
Les jeux de gladiateurs eurent beaucoup moins de peine à faire leur chemin dans les provinces de l'Asie Mineure, auprès d'une population mixte d'origine semi-orientale, et plus encore dans l'Orient proprement dit, la Palestine exceptée. Dans l'Asie Mineure Strabon déjà connaissait un amphithéâtre à Nysa en Carie; un autre fut construit, en l'an 79, à Laodicée sur le Lycus. Alexandrie en Egypte aussi eut son amphithéâtre, déjà sous le règne d'Auguste. Nous reviendrons à la fin du chapitre sur le nombre et l'importance monumentale des édifices de ce genre, dans les différentes parties de l'empire romain, en procédant à rénumération des débris qui en restent.
1 Non posse suaviter vivi, c. xvii, 6, et De esu carnium, c. ii, 3. '-^ Anacharsis, chap. xxxvii.
3 Lucien^ Démonax, 67.