‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des Antonins (volume 2)Chapitre 47 sur 258 · LIVRE VI. — LES SPECTACLES · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — LES SPECTACLES

Avec le nombre des gladiateurs on vit s'élargir le plan et se compliquer les apprêts des jeux. Déjà au deuxième siècle avant Jésus-Christ on évaluait, d'après ce qui a été dit plus haut» les frais d'un brillant jeu de gladiateurs à 30 talents ou plus de 184,000 fr. ^ A celui que Jules César donna comme édile, l'attirail nécessaire était d'argent^; à un autre, donné par Néron, il était d'ambre', ou du moins en marqueterie d'ambre. Plus l'empire prenait d'extension et conquérait de pays nouveaux, moins on regardait aux distances dans la réquisition des hommes qu'on traînait à Rome pour se procurer le spectacle de les voir s'entre-égorger dans l'arène. Sous la république, on y avait vu combattre des Samnites et des Gaulois , habitants de provinces et districts limitrophes, ou des Thraces venus d'unç côte relativement peu éloignée; sous l'empire, on y amena des sauvages tatoués de l'Ile de Bretagne '• , de blonds Germains des contrées rhénanes et des bords du J)anube, des Suèves et des Daces^, des Maures basanés tirés des bourgades de l'Atlas, des nègres de l'Afrique intérieure et des nomades de quelque steppe de la Russie actuelle. Ainsi combattirent, après le triomphe de Probus, trois cents paires de gladiateurs, parmi lesquels figuraient des Blemmyes, des Germains, des Sarmates et des brigands derisaurie*. Au quatrième siècle, on mentionne aussi des Saxons parmi les combattants de l'amphithéâtre^. Le sort

1 Polybe, XXXII, 4, 5.

3 Pline, ffist. nat., XXXUI, 3, 14.

3 Ibid., XXXVn, 3, 45.

*■ Dès 47 avant J.-C, d'après Dion Cassius, LX, 30.

5 Dès l'an de Rome 725, d'après le môme, LI, 22.

^ Vie de Probus^ chap. xix.

7 Symmaque, II, 46.

d'une partie des captifs, appartenant aux tribus les plus diverses, qui figurèrent dans le cortège triomphal d'Aurélien, avait été probablement aussi d'être égorgés dans l'arène ^

Avec l'emploi de gladiateurs issus des pays étrangers, on vit s'introduire également l'usage de leurs armes, de leurs costumes et de leurs diverses manières de combattre, comme par exemple celui des petits boucliers ronds des Thraces, des grands boucliers carrés des Samnites, des cottes de mailles des Parthes ^ et des chars de combat des Bretons. Aux spécialités d'armement et de combat propres à chaque peuple on imagina d'ajouter des inventions de pure fantaisie, pour varier de plus en plus le spectacle. Les gladiateurs parurent couverts des armures et munis des armes les plus disparates , avec lesquelles on les faisait combattre homme contre homme ou en troupes {gregatim). Ils se livraient aussi des batailles en règle, où se mêlaient des milliers d'hommes parfois, et après lesquelles le sol était jonché de cadavres. On vit même des batailles navales , célèbres-dans l'histoire, représentées exactement comme elles avaient eu lieu , tantôt sur de grandes pièces d'eau, tantôt dans l'arène submergée de l'amphithéâtre.

Mais à la fin ni l'émotion produite par ces combats sanglants, ni même le merveilleux éclat de la mise en scène ne suffirent plus pour chatouiller les nerfs émoussés d'une haute société complètement avilie et d'une populace abjecte, il fallut recourir aux inventions les plus étranges, les. plus extravagantes et les plus monstrueuses pour rendre plus palpitants ces spectacles, dignes d'un peuple de can-

^ Vie (TAurélien, chap. xxxiii.

2 Voir les descriptions qu'en a données Ammien, XXIV, 4, 15; 6, 8; puis XXV, 1, 12. — Henzen {Expt. mus. Borgh.) a parfaitement reconnu une armure parthe sur le bas-relief de Torlonia.

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