‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des Antonins (volume 2)Chapitre 53 sur 258 · LIVRE VI. — LES SPECTACLES · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — LES SPECTACLES

Les gladiateurs étaient chantés par les poètes*; ils voyaient briller leurs portraits sur des vases ^, des lampes^, des verres* et des chatons de bagues^, à la montre de toutes les boutiques; des oisifs s'amusaient à griffonner, avec . du charbon ou des clous, leurs exploits sur tous les murs®. A Rome et dans les provinces les artistes étaient sans cesse occupés à orner les théâtres, les tombeaux, les palais et les temples de sculptures, de mosaïques et de peintures qui devaient porter et ont, en effet, transmis à la postérité les noms de beaucoup de gladiateurs"^. L'usage d'exposer pu-

1 Martial, V, 24.

^ On voit au musée de Leyde beaucoup de rétiaires (espèce de gladia < teurs) et de représentations de spectacles, sur des pots de terre rouge • {Revue archéologique, IX, p. 71.)

3 Sur les lampes destinées à éclairer les tombeaux, les 6gures de gladiateurs reviennent fréquemment. — ^ Voir Henzen, Expl. mus. Borgh., p. 82. -^ La Revue archéologique (XVI, 371) mentionne une de ces lampes, trouvée à Constantine. La collection d'antiques de Madrid, enfin, en comprend une autre sur laquelle on voit le combat d'un gladiateur avec quatre sangliers.

* Pour les verres, voyez Henzen. — Trimai cion, dans Pétrone (chap. Lii), avait « in poculis Hermerotis pugnas et Petraitis » ( ou peutêtre « Tetraitîs », lequel pourrait bien être, dans ce cas, le Tetraitès de Pompéji, dont on mentionne le combat avec Prudes, autre gladiateur).

^ Pour les gravures sur pierres fines, voyez Lippert, Dactyliothèque.

6 Horace, Sat., II, 7, 96. — On trouve à Pompéji des cloisons, des colonnes et des murs couverts de pareils griffonnages.

7 Plusieurs bas-reliefs, à Pompéji, représentent des scènes de gladiateurs. Quant au bas-réliefs de Torlonia, avec des scènes de combats d'animaux, Henzen le suppose, avec assez de vraisemblance, originaire du théâtre de Marcellus.

La plus belle mosaïque du genre est celle de Borghèse, extraite du parquet d'une villa de Tusculum, et éditée par Henzen. — Il en existe aussi en Allemagne, à Âugsbourg (avec des scènes de jeux du cirque) et près de Trêves, ainsi qu'à Bignor, dans le comté de Sussex en An- . gleterre. (Àrchxol. Britann., XVIII, 1, p. 203.) Celle de Reims, découverte en 1860, est du temps de Caracalla à Constantin, elle reproduit surtout des chasses d'animaux.

bliquement des images de jeux de gladiateurs remonte au temps de la république, et date en particulier d'un certain L. Térence Lucain, qui exposa son tableau dans le bois de Diane*.

On s'explique très-bien, ainsi, non seulement la propagation du goût pour ce métier sanglant, mais aussi que ce goût pût aller jusqu'à la passion. Le danger n'y formait, pour des hommes audacieux , qu'un attrait de plus; ils pouvaient espérer de sortir d'une suite de combats heureux , avec la liberté et de la fortune. S'il y en eut beaucoup aussi qui, après avoir obtenu leur congé, étaient réduits à gagner leur vie en mendiant et vagabondant dans les rues, comme prêtres de Bellone^, d'autres, plus favorisés par le <îestin, terminaient leurs jours comme propriétaires d'une bonne et belle maison de campagne % pendant que leurs fils avaient des places de chevaliers au théâtre*. Les gladiateurs finirent sans doute aussi par trouver, sans trop de difficulté, moyen de passer dans des carrières plus honorables , bien que la nomination de Sabinus au commandement des Germains, gardes du corps deCaligula, fût certainement une exception^. N'affirmait-on pas, d'après un bruit du temps, que l'empereur Macrin avait été gladiateur®? Ainsi

* Pline, Hist. nat., XXXV, 52.

2 Scoliaste de Juvénal, YI, 105 : Qui ut requiem gladiaturœ haberel^ bellonarium se fecerat

3 Vejanius armis

Herculis ad postem fixis latet abditus agro.

Horace, Ep. I, 1, 5.

4 Juvénal, III, 158.

ô Josèphe, Ant. Jud., XIX, 1, 15. — Cependant Suétone (Caligula, chap. LV) dit : Threces quosdam Germanis corporis custodibus praeposuit.

^ Vie de Macrin, chap. vi.

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