LIVRE VI. — LES SPECTACLES
Sura ayant obtenu, sous Domitien; qui l'avait éliminé du sénat; le prix du discours au grand concours du Capitole , toute l'assemblée fut unanime pour demander sa réintégration; mais elle perdit son tenips^ Ces clameurs de la multitude, réunie au spectacle, étaient si bien reconnues pour l'expression des désirs du peuple, que Titus, avant d'être empereur, pendant qu'il avait le gouvernement militaire de Rome, crut devoir, pour justifier l'exécution de personnes qui lui étaient suspectes, aposter dans la foule, au théâtre, des gens chargés d'y demander leur mort^. Sous Galba, le peuple ne cessa pas de demander de même, au cirque et au théâtre, le supplice de Tigellin, jusqu'à ce que l'empereur eût commandé la tranquillité par un édit^. C'est notoirement aussi au cirque et à l'amphithéâtre, qu'éclata surtout l'animosité contre les chrétiens, dans les siècles suivants.
Mais, ce n'étaient pas uniquement les suppliques et les griefs du peuple qui se produisaient dans les spectacles; il paraît qu'une certaine latitude y était ordinairement aussi laissée à son humeur railleuse, libre de s'y tourner non-seulement contre des particuliers connus et impopulaires*, mais souvent contre la personne de l'empe-
1 Suétone, DonUtien, chap. xiii.
- Le même, Titus, chap. vi.
3 Plutarque, Galba, chap. xvii.
* Juvénal, V, 3, scolie : Per ludos quibus primum (Sarmentus) in XIY ordinibas sedit, haec in eum a populo dicta sunt :
Aliud scriptum habet Sarmentus, aliud populus voluerat. Digna dignis : sic Sarmentus habeat crassas compedes. Rustlci ne nihil agatis, aliquis Sarmentum alliget.
Digeste, XLVil, lO, 7, g 8 : Atrocior injuria fit.... tempore, si ludis et in conspectu. — Voir aussi Ibid.y 9, g 1.
reur môme. Jusque dans les derniers temps de l'antiquité^ , il n'était pas rare que le cirque retentît d'injures et d'imprécations contre le dominateur du monde ^, la difficulté qu'il y avait à découvrir les coupables y tranquillisant les individus, comme la conscience de sa force numérique y rassurait la masse contre le danger des conséquences d'une pareille témérité.
On profitait aussi des spectacles pour organiser de véritables démonstrations politiques. Déjà dans les derniers temps de la république il y en avait eu de semblables, à l'occasion de là procession d'images des dieux, par laquelle s'ouvraient les jeux du cirque^. Quand, en Tan 40 avant Jésus-Christ, on désirait vivement, à Rome, la fin de la guerre des triumvirs avec Sextus Pompée, l'image de Neptune , que le brave marin révérait comme son dieu tutélaire, fut accueillie au cirque avec des applaudissements,
1 Ammien, XVI, 10, 13 : (Constantius) sœpe quum équestres ederet ludos, dicacltate plebis oblectabatur, nec superbae nec a libertate coalita descîscentis, reverenter modum ipse quoque debitum servans. — Cassiodore, Far., I, 27 : Quidquid illîc (in circo) gaudenti populo dicitur, injuria non putatur. Locus est qui défendit excessum. Quorum garrulitas si patienter accipitur, ipsos quoque principes ornare monstratur.
2 Tertullien, Des spectacles^ 16 : Circo quid amarius, ubi ne principibus quidem aut civibus suis parcunt. — Le même, Àd nat., I, 17 : nia obliqua nonnunquam dicta in concilio et maledicta quœ circi sonant. — Hist. aug.^ Maa^in, chap. xn : Unde etiam in circo, quum favor publicus in Diadumenum semper fuisset, acclamatum :
Egregius forma juvenis, dignus cui pater baud Mezentius esset.
3 Cicéron [à Âtticus, XIII, 44, 1) écrivait vers l'an de Rome 709 : Suaves tuas litteras! Etsi acerba pompa. Yerum tamen scire omnia non acerbum est, vel de Cotta. Populum vero praeclarura, quod propter malum vicinum ne Victoriae quidem plodltur. Brutus apud me fuit, cui quidem valde placebat me aliquid ad Cœsarem. Adnueram, sed pompa deterret.