LIVRE VI. — LES SPECTACLES
ment où la viande était très-chère , Caligiila eut la sanguinaire idée de faire jeter des criminels en pâture aux animaux de sa ménagerie ^ . Aurélien , pour ne pas trop grever le fisc> se débarrassa en cadeaux des bètes qui avaient paru à son triomphe^.
Il est probable que les empereurs faisaient souvent présent à leurs amis, ou à d'autres sénateurs favorisés, d'animaux pour les spectacles de l'amphithéâtre. Symmaque'* mentionne un cadeau de plusieurs léopards. Du reste, la possession de domaines en Asie et en Afrique devait, dans bien des cas, faciliter beaucoup aux grands de Rome les moyens de se procurer des animaux, d'autant plus que, d'ordinaire, ils avaient encore la ressource de pouvoir mettre en réquisition, pour cela, les bons offices des gouverneurs de provinces. Cependant, les contributions en argent et en animaux sauvages, pour les spectacles qu'avaient à donner les amis des gouverneurs, ne figuraient plus, comme jadis au temps de la république, parmi les redevances axes imposées aux provinciaux. Les lettres échangées en l'an 51 avant J.-C, au sujet d'une fourniture d'animaux sauvages , entre Marcus Célius , alors édile , et Cicéron , proconsul en Cilicie à la même époque, montrent combien les hauts fonctionnaires romains s'étaient habitués à regarder ces fournitures comme une affaire de complaisance, toute naturelle de la part des gouverneurs de provinces. « Patiscus ayant envoyé 10 panthères à Curion , » écrit Célius, « ce serait une honte pour Cicéron de ne pas lui en expédier, à lui, un bien plus grand nombre, puisqu'il n'y avait qu'à donner les ordres nécessaires^ toutes les roe-
i Suétone, Caligula, chap. xxvii.
^ Vie d^ Aurélien, chap. xxxiii.
8 Zef/rCJ, IV, 12;V1I, 59.
dSO MOEURS ROMAINES.
sures étant prises d'avance pour assurer le transport et la nourriture de ces animaux ^ » Un gouverneur refusait d'autant moins de rendre ces petits services, qu'il pouvait se trouver, bientôt , dans le cas d'en demander lui-même de pareils à son obligé du moment ^.
Ainsi, des milliers de hardis chasseurs bravaient^ tous îes ans, les plus grands périls, afin de pouvoir livrer, en nombre suffisant, les animaux dont on avait partout besoin pour les spectacles. C'est afin de procurer les moyens de célébrer chaque grande fête avec la magnificence à laquelle on était habitué dans la capitale, que l'Hindou dressait ses éléphants apprivoisés pour la chasse des bêtes féroces ^; que les habitants des bords du Rhin tendaient leurs filets autour des marécages, hérissés de roseaux, dans lesquels se tenait le sanglier ^; que les Maures, sur les chevaux infatigables du désert, chassaient l'autruche, en resserrant de plus en plus le cercle autour de cet oiseau ®, et qu'ils guettaient le lion ^, auprès des fosses creusées pour le prendre au piège, dans les affreuses solitudes de l'Atlas. Les détails sur la manière dont procédaient les anciens, dans leurs différentes chasses, ne nous manquent pas. Nemesianus ^ a décrit des filets, dans le tissu desquels entraient des plumes ,
1 Cicéron, Ad fam„ II, 11, 2; Vlll, 9, 3. — Voir aussi Plutarque, Ci- <:éron, chap. xxxti.
2 Symmaque, Lettres, IX, 125.
3 Strabpn, XV, 1, 42. — Pline, Hist. nat., VIII, 24. — Arrien, Hist. Jnd.y chap. xiii.
^ Claudien, Éloge de Siilicon, 3, 305.
5 Élieii, Hist anim,, XIV, 7.
6 Claudien, Éloge de Stilicon, 3, 341. —Pline, Hist. nat, VIII, 64. — Xénophon, De venat,, c. xi.
7 Cyneg., III, 303 (Wernsdorf Poet min., I, p. 303, etc.). — Voir aussi Digeste^ IX, 2, 28 (qui foveas ursorum cervorumque capiendorum causa faciunt, etc.).