‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des Antonins (volume 2)Chapitre 80 sur 258 · LIVRE VI. — LES SPECTACLES · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — LES SPECTACLES

ment conserva, longtemps encore, le nom de naumachie, suivant la tradition de Thistoire ecclésiastique. Sur ce lac, il fil représenter une bataille navale, avec tant de navires que l'on croyait avoir sous les yeux une flotte véritable, tout armée en guerre ^ Il paraît que, là aussi, des jeux du cirque et de raniphithéâtre succédèrent au combat naval. Cette fête devait, au dire d'un poëte de cour, faire oublier toutes les fêtes antérieures, sans oublier celle du lac Fucin^. Bien qu'une averse tombât au milieu du combat naval , on ne permit ni aux combattants de suspendre le spectacle, ni aux spectateurs de s'éloigner, ou de changer seulement d'habits, ce qui valut de graves maladies et la mort à plus d'un 3. Enfin, il paraît que l'empereur Philippe l'Arabe aussi ordonna, aux fêtes du millénaire de la fondation de Rome, une naumachie*, pour laquelle on se serait toutefois contenté de remettre en état l'un des deux lacs creusés par Auguste et Domitien.

1 Suétone, Domitien j chap. iv.

2 Martial, Livre des spectacles, lk,

3 Suétone, Domitien, chap. iv. — Dion Cassius, LXVII, 8. — Voir aussi dans le présent volume, p. 17.

* Aurélius Victor, Césars, 28.

{70 MQEURS^ ROMAINES.

g 5. — Considérations sur les spectacles et suppression

des jeux de V amphithéâtre.

Jugements émis par des Romains distingués et d'un esprit cultivé sur les jeux de Tarène. — Sénèque est le seul qui les condamne. — Ce qui rendait , chez les Romains, l'opinion si favorable à ces jeux. — L'esclavage. — L'empire de la coutume.. — La magnificence du spectacle. — L'homme , dans une foule agitée , cesse de s'appartenir individuellement. — Suppression des jeux de gladiateurs au commencement du cinquième siècle. — Les chasses d'animaux cependant continuent au sixième.

Rien ne fait plus vivement ressortir Ténorme différence entre la manière de voir et de sentir, dans l'antiquité romaine et dans notre Europe moderne , que la divergence d'opinion de la classe bien élevée d'alors et d'aujourd'hui, sur les spectacles de l'amphithéâtre. C'est à peine si, dans toute la littérature des Romains, on rencontre une seule fois l'expression de cette horreur profonde qu'inspire aux modernes l'idée de ces réjouissances barbares.

En général, les anciens parlent des jeux de la gladiature avec la plus grande indifférence. Les enfants, chez eux, jouaient aux gladiateurs ^ ; la jeunesse adulte vouait à cette profession un intérêt passionné*, et c'est en devisant sur les héros de l'arène qu'on remplissait souvent les vides de la conversation, dans la société des gens même les plus instruits^. Bien plus, Ovide ne voyait pas le moindre mal

^ Ëplctète, Manuel, 29, 3.

> Dialogue des orateurs, chap. xxix.

» Horace, Satires, II, 6, 44; Épitres, I, 18, 19. — Épictète, Manuel, 33, 2.

Page 1